"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

01 novembre 2006

Toussaint : l'Époux du Cantique du Cantique, seule vision pure pour l'âme

"La voix du Verbe est toujours une voix de puissance. Tout comme lors de la création primitive, la Lumière a jailli en même temps que son ordre, le firmament a existé en même temps que Son commandement et tout le reste de la Création est pareillement apparu par Sa Parole créatrice, de la même façon, à présent, le Verbe commande à l’âme qui a progressé dans la divinité de venir à Lui. Cette âme, fortifiée aussitôt par cet ordre, devient telle que le voulait son Fiancé, métamorphosée en un sens plus divin et étant passée de la gloire dans laquelle elle se trouvait à une gloire plus élevée, par ce bon changement. De la sorte, elle provoque l’admiration du choeur des Anges qui entourent le Fiancé, et tous lui adressent cette pieuse parole qui traduit leur admiration: Tu nous as donné du coeur, notre soeur fiancée (Ct. 4,9). Le caractère de l’impassibilité brille en elle comme chez les Anges et fait d’elle la parente, la soeur des êtres incorporels; elle a bien accompli l’impassibilité dans sa chair. C’est pourquoi ils lui disent : "Tu nous as donné du coeur, notre soeur fiancée."
Chacun de ces 2 termes la célèbre justement : notre soeur, par la parenté de l’impassibilité; fiancée, par l’union au Verbe. Nous pensons que l’expression: "Tu nous as donné du coeur" est semblable à: "Tu nous as donné la
vie", comme s’ils disaient: "Tu as placé un coeur en nous." Pour plus de clarté, pour que le texte nous soit plus évident, nous nous reporterons au divin Apôtre pour l’interprétation de ces mystères. Dans un passage de son Épître aux Éphésiens, il déclare, lorsqu’il nous explique la grande économie de la manifestation de Dieu dans la chair, que non seulement la nature humaine a appris les mystères divins à travers cette Grâce, mais encore que les Principautés et les Puissances célestes ont connu la sagesse si variée de Dieu, révélée par l’économie du Christ parmi les hommes. Voici son texte: "Ainsi désormais, par l'Église, les Principautés et Puissances célestes peuvent connaître l'infinie diversité de la sagesse de Dieu, conformément au dessein éternel qu'il a réalisé dans le Christ Jésus notre Seigneur. Et par la foi que nous avons en lui, nous trouvons l'assurance d'un accès plein de confiance auprès de Dieu" (Éph. 3,10-12).

En vérité, c’est par l’Église qu’est connue des puissances situées au-dessus du monde la Sagesse diverse de Dieu, Qui fit ces grands miracles par les contraires: comment créer la vie par la mort, la justice par le péché, la bénédiction par la malédiction, la gloire par l’infamie, la force par la faiblesse.
De fait, les forces situées au-dessus du monde connaissaient, dans les premiers temps, la seule Sagesse simple et uniforme de Dieu, Qui accomplissait les miracles conformément à Sa nature - et aucune variété n’apparaissait dans ce que l’on voyait: la Nature divine, étant Puissance, avait tout pouvoir de façonner toute la Création; Elle amenait à la vie la nature des êtres, par la seule impulsion de Sa Volonté, et faisait toute beauté jaillir abondamment de la source du beau.
Quant à cet aspect varié de la Sagesse qui s’établit à partir de l’entrelacement des contraires, il leur est maintenant connu clairement grâce à l’Église: comment le Verbe Se fait chair, comment la Vie se mêle à la mort, comment par Sa propre meurtrissure Il guérit notre plaie, comment par la faiblesse de la Croix Il triomphe de la puissance de l’Adversaire, comment l’Invisible Se manifeste dans Sa chair, comment Il rachète les prisonniers en étant Lui-même l’acheteur et le prix - Il S’est, en effet, offert en rançon à la mort pour nous sauver - , comment Il est mort sans toutefois cesser de vivre, comment Il a subi la servitude tout en restant Roi.
Tous ces prodiges, tous les miracles semblables, qui sont variés et non simples, produits par la Sagesse, c’est grâce à l’Église que les amis du Fiancé les ont appris. Ils ont ainsi reçu un coeur, en comprenant dans ce mystère un autre caractère de la Sagesse divine. Et, s’il n’est point trop audacieux de le dire, peut-être ont-ils vu, eux aussi, à travers la Fiancée, la beauté du Fiancé et admiré ce qui est invisible et incompréhensible à tous les êtres. En effet, Celui "que nul n’a jamais vu", comme dit Jean (Jn 1,18), "ni ne peut voir", selon le témoignage de Paul (1 Tm. 6,16), Celui-ci a fait de l’Église Son propre Corps et Il Se construit par l’augmentation du nombre des sauvés dans l’amour "jusqu’à ce que nous parvenions nous tous à l’état d’homme parfait, à la mesure de l’âge de la plénitude du Christ" (Éph. 4,13).
Si donc l’Eglise est le Corps du Christ et le Christ la Tête de ce corps (Éph. 1,18-19), formant le Visage de l’Église d’après Sa propre figure, peut-être est-ce pour cette raison que les amis du Fiancé, en la regardant, ont eu du coeur, car ils discernent plus clairement l’invisible en elle. Ceux qui ne peuvent voir le disque même du soleil regardent son reflet dans l’eau. De la même manière, eux aussi observent dans l’Église comme dans un miroir sans tache le Soleil de Justice qu’ils reconnaissent à travers Son reflet.
C’est pourquoi les amis ne disent pas une fois seulement à la fiancée: "Tu nous as donné du coeur" (Ct. 4,9) - ce qui signifie : "Tu as créé en nous une âme et une intelligence propres à la connaissance de la lumière grâce à toi " -, mais ils reprennent la même expression pour donner plus de sincérité à leurs propos en les répétant ainsi : "Tu nous as donné du coeur par un seul de Tes yeux" (Ct. 4,9).

Voilà surtout chez la Fiancée ce qui a étonné les amis. Comme, en effet, l’âme peut voir de 2 manières, l’une consistant à regarder la vérité, l’autre à errer parmi les vanités, et comme l’oeil pur de la fiancée s’ouvre sur la seule nature du bien alors que l’autre reste clos, les amis adressent leur éloge à un seul des yeux. Par lui seul elle contemple l'Unique, je veux dire ce Seul Qui est compris dans Sa Nature immuable et éternelle, le véritable Père, le Fils unique et le Saint-Esprit.
En effet, est vraiment unique ce qui est contemplé dans une seule nature, la différence existant entre les Hypostases ne créant aucune séparation ni division. Il en est qui utilisent mal l’acuité de leurs yeux en regardant ce qui n’a pas de réalité, divisant en plusieurs Natures l’Unique par les illusions des yeux pervers. Ce sont eux que l’on appelle "multi-voyeurs" : pour voir beaucoup, ils ne voient rien. Tous ceux maintenant qui regardent vers Dieu, tout en se laissant encore égarer par les illusions matérielles, sont indignes de l’éloge des Anges, car ils s’attachent vainement aux illusions de ce qui n’existe pas en soi. Celui, au contraire, qui exerce sa vue perçante pour voir la seule divinité est aveugle pour tout le reste, ce vers quoi sont tournés les yeux de la foule.
C’est ainsi que la Fiancée provoque l’étonnement des amis par un seul de ses yeux. Donc est aveugle celui qui a beaucoup d’yeux et qui s’en sert pour regarder les vanités; a un regard perçant et perspicace celui qui, par le seul oeil de l’âme, contemple le seul bien.
Saint Grégoire de Nysse, homélie 8 sur le Cantique des Cantiques

Office Acathiste (byzantin) aux Défunts :
http://www.orthodoxes.net/office-defunts_acathiste-txt.pdf

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