"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

30 décembre 2006

Historicité de l'ordination ministérielle Chrétienne dans l'Épître à Tite

Prêtre Patrick Henry ReardonSamedi 30 décembre
Tite 1,1-16: "Paul, serviteur de Dieu, apôtre de Jésus Christ pour donner la foi aux élus de Dieu ainsi que la connaissance de la vérité qui conduit à la piété, dans l'espérance de la vie éternelle promise avant le temps par le Dieu qui ne ment pas et qui, au temps voulu, a manifesté sa parole par une proclamation à moi confiée par ordre de Dieu notre Sauveur, _ à Tite, mon vrai fils en notre foi commune : grâce et paix de la part de Dieu le Père, et du Christ Jésus notre Sauveur!
Je t'ai laissé en Crète pour achever de tout organiser et pour établir, suivant mes instructions, des anciens dans chaque ville. Que chacun d'eux soit irréprochable, qu'il n'ait été marié qu'une fois; qu'il ait des enfants croyants, qui ne puissent être taxés d'inconduite ou d'insubordination. Car, en qualité d'administrateur de la maison de Dieu, l'évêque doit être irréprochable. Il ne peut être arrogant, ni colérique, ni intempérant, ni violent, ni cupide; mais qu'il soit hospitalier, ami du bien, prudent, juste, pieux, maître de lui, attaché à la vraie parole, telle qu'elle a été enseignée, afin d'être en mesure d'exhorter suivant la saine doctrine, et de réfuter les contradicteurs.
En effet, on trouve, surtout parmi les circoncis, une quantité d'insoumis, de radoteurs et de séducteurs. Il faut leur fermer la bouche, car ils bouleversent des familles entières en enseignant ce qui ne convient pas, et cela dans un vil esprit de lucre. L'un d'entre eux, leur propre prophète, a dit : "Les Crétois sont de perpétuels menteurs, de mauvaises bêtes, des ventres fainéants." Ce témoignage est vrai. C'est pourquoi, reprends-les sévèrement, pour qu'ils conservent une foi saine, sans s'intéresser aux fables des Juifs et à des préceptes humains qui détournent de la vérité. Pour ceux qui sont purs, tout est pur; tandis que pour ceux qui sont souillés et incroyants, rien n'est pur; jusqu'à leur esprit et leur conscience qui sont maculés de souillures. Ils prétendent connaître Dieu et le renient par leurs actes, gens abominables, rétifs et incapables d'aucun bien."

Cette introduction très solennelle (versets 1 à 4) rivalise avec celles des épîtres plus longues, qui étaient adressées à des congrégations entières. A cet égard, l'Épître à Tite contraste avec les autres épîtres qui ne sont adressées qu'individuellement (Timothée, Philémon).
La promesse de Dieu avait été faite à l'aube de l'Histoire (verset 2) mais à présent était manifestée dans la prédication de l'Évangile (verset 3). Toute l'Histoire était guidée par cette promesse originelle, de sorte que l'Évangile embrasse toute l'Histoire dans sa portée et son champ d'intérêt.
Les directives de Paul pour le choix et l'ordination des ministres (versets 5 à 9) correspondent à celles qu'il avait données à Timothée un peu plus d'un an auparavant (1 Timothée 3,1-7). Un tel ministre est appelé à la fois un "ancien" (presbyteros -verset 5) et un "superviseur" (episkopos - verset 6). Dans ces 2 mots grecs, nous discernons les racines étymologiques pour nos termes modernes de "prêtre" et "évêque." Ce n'est vraiment qu'au tout début du 2ème siècle, semble-t'il (car notre premier témoignage encore existant, celui de saint Ignace d'Antioche, a été écrit en 107), que les 2 termes en sont venus à signifier 2 fonctions distinctes. (Cette hypothèse raisonnable n'argumente seulement que sur le fait qu'il y a eu développement dans la terminologie, cela ne nous dit rien d'un développement dans le ministère lui-même).
Il est impératif de faire remarquer que l'autorité de ces hommes provient de leur choix et ordination par Tite (et Timothée et ainsi de suite), qui à leur tour avaient été autorisés par Paul. Le Nouveau Testament ne connaît pas de ministère ordonné légitime si ce n'est par la continuité historique traçable jusqu'à ces 11 hommes qui reçurent la Grande Mission (Matthieu 28,16-20). C'est à dire que l'ordination Chrétienne [1] est une institution historique, littéralement "transmise", conférée par l'imposition des mains par ceux qui sont autorisés à le faire; la notion d'une "succession" est essentielle à ce ministère. [2]
Paul est strict en ce qui concerne la vie morale et domestique de ces ministres (versets 6-8), dont il décrit le service principalement en termes d'enseignement (verset 9). A cet égard, ils sont mis en contraste avec les hérétiques Juifs (verset 10). Ces dernier, suggère-t'il, Tite risquait bien de les rencontrer, du fait de la large communauté Juive en Crête (Flavius Josèphe, Antiquités 17.12.1-2, §323-331; Les Guerres Juives 2.7.1, §103; Ad Gaium 282). Les
idées de ces enseignants Juifs, explique Paul, risquaient de trouver une oreille bien plus favorable parmi les Crétois! (verset 12).
D'après saint Clément d'Alexandrie, le poète que cite Paul ici était Epimenides (Stromates 1.14; cfr. Tatien, Oratio 27), un auteur écrivant 6 siècles avant le Christ.
Ces ministres Chrétiens ne doivent pas être ceux qui professent Dieu uniquement de leurs lèvres et pas par leurs vies (versets 15-16).

Le p. Patrick Reardon est le pasteur de l'église orthodoxe Antiochienne de Tous les Saints à Chicago, Illinois (USA), et éditeur principal de Touchstone : a Journal of Mere Christianity. Il est aussi l'auteur de "Christ in the Psalms" et "Christ in His Saints" (ces 2 livres étant publiés par Conciliar Press).

Notes du traducteur
1) = "Sacrement de l'Ordre"
2) Comme l'est la notion de "foi intacte, apostolique", qui est aussi requise que cette imposition des mains en "transmission historique", l'Ordre n'étant pas une question juridique mais spirituelle. C'est ce dernier point qui différentie radicalement l'Église Orthodoxe de l'intégralité des autres confessions chrétiennes (
même des Nestoriens, Catholiques-Romains ou Anglicans, pour prendre 3 groupes ayant une "succession technique" réelle), et qui explique l'insistance que met l'Église à la notion de "foi apostolique", et n'accepte pas qu'on se contente de l'aspect "juridique", puisque pour saint Paul non plus ce n'était pas suffisant.

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