"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

25 décembre 2006

Homélie de saint Grégoire le Grand sur la Nativité du Christ

Prononcée devant le peuple en la basilique de la bienheureuse Vierge Marie le jour de la Nativité du Seigneur.

Lecture du saint Évangile selon saint Luc : (2,1-14)
"En ce temps-là, parut un édit de César Auguste prescrivant le recensement de toute la terre. Ce recensement, le premier, eut lieu pendant le gouvernement de Quirinius en Syrie. Tout le monde allait se faire inscrire, chacun dans sa ville. Joseph aussi quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée vers la ville de David, nommée Bethléem, (parce qu'il était de la maison et de la famille de David) pour se faire inscrire avec Marie devenue son épouse, alors enceinte. Or, pendant qu'ils étaient là, son terme arriva, et elle mit au monde son fils premier-né. Elle l'emmaillota et le coucha dans une crèche, faute de place pour eux à l'hôtellerie. Dans les environs, des bergers qui vivaient aux champs veillaient la nuit pour garder leur troupeau. Un ange du Seigneur leur apparut, la gloire du Seigneur resplendit autour d'eux, et ils furent saisis d'une grande crainte. Mais l'ange leur dit : "Rassurez-vous : je vous porte la bonne nouvelle d'une grande joie qui va toucher tout le peuple : aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur vous est né, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici pour vous un signe : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une crèche." Et soudain se joignit à l'ange une troupe céleste, louant Dieu en ces termes : "Gloire à Dieu, au plus haut des Cieux, et paix sur la terre, bienveillance parmi les hommes!"

1. Puisque par la Munificence de Dieu, nous allons célébrer aujourd'hui 3 Liturgies solennelles, nous ne pouvons commenter longuement ce texte de l'évangile. Mais la Naissance de notre Rédempteur nous invite à dire quelque chose, fût-ce brièvement. Quelle raison de décrire le monde au moment où le Seigneur va naître si ce n'est, ce qui est évident, parce qu'en S'incarnant, Celui-ci inscrirait Ses élus dans l'éternité. Au contraire, à propos des réprouvés le prophète a dit : "Qu'ils soient rayés du livre des vivants et ne soient pas inscrits avec les justes!" (Ps 68,29). C'est avec raison que le Christ est né à Bethléem : Bethléem signifie la maison du pain. Et de fait Lui-même a dit : "Je suis le pain vivant descendu du Ciel" (Jn 6,41). Donc le lieu où naquit le Seigneur avait été appelé précédemment maison du pain parce qu'il avait été prévu qu'apparaîtrait là sous sa forme corporelle Celui qui restaurerait les âmes des élus d'un rassasiement spirituel. Il est né non pas dans la maison de Ses parents, mais en chemin, pour bien nous montrer que par la nature humaine qu'Il prenait, Il naissait comme à l'étranger. Je dis étranger, non selon Son Pouvoir, mais selon Sa Nature. Car au sujet de Son Pouvoir, il est écrit : "Il est venu chez lui" (Jn 1,1). En effet, selon Sa Nature, Il fut engendré avant les temps, Il vint à la nôtre dans le temps. Car pour Lui qQui existant éternellement, apparut dans le temps, Lui était étrangère la terre où Il descendit. Et parce que le prophète Isaïe dit : "Toute chair n'est que du foin" (Is 40,6), le Fils de Dieu fait homme transforma notre foin en froment, Lui Qui a dit de Lui-même : "Si le grain de froment tombant en terre ne meurt pas, il demeure seul" (Jn 12,24). Aussitôt né Il est déposé dans une crèche pour restaurer du froment de sa Chair, tous les fidèles vivants et saints, cela pour qu'ils ne restent pas à jeun privés de la nourriture de l'intelligence éternelle. Pourquoi l'Ange apparaît-il aux bergers qui veillaient et pourquoi la Clarté de Dieu les entoure-t-elle si ce n'est parce que méritent de voir les choses sublimes, de préférence à beaucoup d'autres, ceux qui savent veiller avec vigilance sur des troupeaux fidèles ? Pendant qu'ils veillent avec fidélité sur le troupeau, la grâce divine flamboie très abondamment au-dessus d'eux.

2. Or l'Ange annonce la Naissance du Roi et à sa voix les choeurs des Anges chantent ensemble et clament avec joie : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre, bienveillance parmi les hommes." Avant que notre Rédempteur ne naisse dans la chair, nous n'étions pas en harmonie avec les Anges; nous étions fort éloignés de leur clarté, de leur pureté à cause du péché des origines et de nos fautes quotidiennes. Parce que, pécheurs, nous errions étrangers à Dieu, les Anges, citoyens de Dieu, nous tenaient à l'écart de leur communauté. Mais parce que nous avons reconnu Jésus pour notre Roi, les Anges nous ont reconnu comme leurs concitoyens. Parce que le Roi du Ciel a pris sur Lui la poussière de notre chair, cette haute société des Anges ne méprisera plus notre faiblesse. Les Anges reviennent en paix avec nous, oublient la tension du désaccord précédant; ceux qu'ils considéraient auparavant comme des malades à rejeter, ils les respectent désormais comme des compagnons. C'est pourquoi Lot et Josué (cfr Jos 5,15) se prosternaient devant les Anges sans en être empêchés. Jean dans son Apocalypse a voulu se prosterner devant un Ange, mais cet Ange l'en empêcha en disant : "Ne le fais pas car je suis ton compagnon et celui de tes frères" (Ap 22,9). Pourquoi avant la venue du Rédempteur, les hommes se prosternaient-ils devant les Anges et ceux-ci les laissaient-ils faire et pourquoi après Sa venue les Anges refusaient-ils ce signe de respect ? Ne serait ce pas que voyant élevée au-dessus d'eux une nature d'abord méprisée d'eux, ils ne voulaient plus la voir se prosterner devant eux? Ils n'osèrent plus mépriser comme infirme cette nature qu'ils vénéraient évidemment comme supérieure dans le Roi du Ciel. Et ils ne dédaignent plus de tenir l'homme pour leur compagnon eux qui adorent au-dessus d'eux l'Homme-Dieu. Veillons donc, frères très chers, à ce qu'aucune impureté ne nous souille, nous qui sommes par prédestination éternelle et les serviteurs de Dieu et les compagnons des Anges. Reconnaissons donc par nos moeurs notre dignité, que nulle luxure ne nous souille, que nulle pensée honteuse ne nous accuse, que la malice n'ait pas prise sur notre esprit, que la rouille de l'envie ne nous ronge pas, que l'orgueil ne nous enfle pas, que l'ambition éveillée par les séductions terrestres ne nous déchire pas, que la
colère ne nous brûle pas. Donc toi, ô homme, défends l'honneur de Dieu contre les vices, puisque, à cause de toi, Dieu s'est fait homme, Lui qui vit et règne dans les siècles des siècles, amen.


+ Grégoire 1er, évêque et pape de Rome


Source

Aucun commentaire: