"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

24 décembre 2006

Jésus est Seigneur – Incarnation et anthropologie du Kerygme de la Nativité

Dimanche 24 décembre
Prêtre Patrick Henry Reardon
Vigile de Noël : l'affirmation que le Verbe S'est fait chair, quoiqu'elle puisse impliquer d'autre, crée certainement un contexte entièrement neuf et inattendu dans laquelle poser la question "mais qu'est-ce que cela signifie, être un être humain?" Il n'est réellement pas possible d'affirmer "Dieu devint homme", et ensuite considérer l'humanité séparément de cette affirmation. En bref, la doctrine de l'Incarnation doit dominer – avoir la souveraineté absolue sur l'anthropologie.

En effet, l'arrivée de Jésus de Nazareth sur la scène de l'Histoire divise nécessairement l'humanité en ce qui concerne ses plus élémentaires idées anthropologiques. Ceux qui confessent que le Fils de Dieu est à présent un être humain sont obligés de considérer le concept de l'humanité d'une manière différente de ceux qui nient cette confession. Il n'y a pas de réconciliation possible entre les 2 points de vue. Nous qui faisons cette confession, nous ne sommes pas capables de voir l'humanité autrement qu'à travers "les yeux de Jésus."

Cette prépondérance anthropologique, indiquée par la confession "Jésus est Seigneur", peut être considérée dans 3 directions. Jésus comme Père, Jésus comme Frère, et Jésus comme Vérité.

D'abord, considérant Jésus comme Père, nous sommes instruits par le contraste tracé par Paul entre Jésus et Adam, en Romains 5. Paul nous dit qu'à travers Adam, le père de l'humanité, le péché est entré dans le monde, et avec le péché, la mort. La désobéissance d'Adam dans le Jardin d'Eden fut la chute de l'humanité.

Par contraste avec Adam, Jésus a été obéissant dans le jardin [de Gethsemani; ndt] – "Non pas Ma volonté mais la Tienne" – et par cette obéissance, Il renversa la direction donnée par Adam à l'Histoire. De même qu'Adam amena la mort à l'humanité à cause de sa désobéissance, Jésus amène l'humanité à la vie par Son obéissance.

De cette considération de Jésus comme nouveau Père de l'humanité, nous apprenons que l'homme n'est pas autonome; il n'atteint pas la plénitude de son humanité par le chemin de l'auto-affirmation, mais par le chemin de l'obéissance à Dieu.

En tant que notre nouveau Père, Jésus ne représente pas les origines physiques de l'humanité mais son but final. La perfection de l'humanité consistera en la remise entre les mains de Dieu de toute la Création rachetée par Jésus.

Cela signifie que les êtres humains ne se sont pas faits tous seuls, qu'ils n'ont pas à "répondre à l'histoire." Cela signifie, au contraire, que l'histoire humaine doit elle-même répondre à un tribunal bien plus haut placé.

Cette remarque sur un Jugement final de l'histoire nous amène à notre seconde considérant, Jésus notre Frère. "Va et dis à Mes frères", dit-Il à Marie-Madeleine (Jean 20,17). "Je déclarerai Ton Nom à Mes frères," dit-Il au Père dans l'Épître aux Hébreux 2,12.

Plus encore, cependant, Jésus a affirmé la parenté avec toute l'humanité dans le contexte du Jugement final de l'histoire, où nous apprenons que "dans la mesure où vous l'aurez fait à un de ces plus petits d'entre Mes frères, c'est à Moi que vous l'aurez fait" (Matthieu 25,40). La solidarité de parenté proclamée par Jésus avec l'entièreté de l'humanité signifie que la destinée propre de cette humanité est une véritable communauté. Ce n'est pas une assemblée d'individus s'étant faits eux-mêmes qui seront jugés à la fin de l'histoire, mais la communion des jeunes frères et soeurs de Jésus, jugement basé sur comment ils se seront comportés les uns envers les autres. Dès lors, Jésus comme Frère signifie Jésus comme Juge de l'histoire humaine.

Pour finir, la souveraineté anthropologique de Jésus est à considérer sous l'aspect de "Jésus en tant que Vérité." Lorsque Ponce Pilate demande "Qu'est-ce que la vérité?", nous avons raison de considérer cette question comme du scepticisme, parce qu'il n'avait même pas attendu pour une réponse (Jean 18,38). Cependant, en fait, peu auparavant, Jésus S'était déjà identifié Lui-même comme la Vérité (Jn 14,6). La question correcte est dès lors : "Qui est la Vérité?"

Cette identification de Jésus avec la Vérité ne signifie pas seulement ce qui est appelé "vérité religieuse." Elle affirme plutôt qu'il n'y a pas de vérité hors de Jésus-Christ. Toutes les vérités subsistent en Sa Personne.

Cette thèse suscite 2 considérations.

D'abord, il est possible que toute vérité puisse se trouver être un chemin initial vers le Christ. C'est pourquoi les Chrétiens attribuent tant de valeur à l'étude et à la recherche de la vérité. Toute vérité, en tant que vérité, mène au Christ. Dès lors, ceux qui appartiennent au Christ doivent être décidés pour "tout ce qui est vrai" (Philippiens 4,8).

Ensuite, l'identification biblique du Christ avec la Vérité exclu toute vision de la vérité qui la réduirait à une conviction subjective ou une préférence individuelle, du genre "tu as ta vérité et j'ai la mienne."

Il est totalement absurde d'affirmer que "'Christ est la Vérité", et en même temps de prétendre qu'il n'existerait rien de tel qu'une vérité objective. Au contraire, ceux qui identifient le Christ avec la Vérité insisteront sur le fait que la vérité est objective, immuable et susceptible d'être connue. La souveraineté de Jésus est inséparable de la Vérité. C'est-à-dire qu'Il n'est pas d'abord "mon Seigneur", mais "le Seigneur." Sa souveraineté est objective, immuable et connaissable. Cette souveraineté n'est pas une vérité. Elle est la racine de toute vérité.

Le p. Patrick Reardon est le pasteur de l'église orthodoxe Antiochienne de Tous les Saints à Chicago, Illinois (USA), et éditeur principal de Touchstone : a Journal of Mere Christianity. Il est aussi l'auteur de "Christ in the Psalms" et "Christ in His Saints" (ces 2 livres étant publiés par Conciliar Press).

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