"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

29 décembre 2006

Le problème historique de Noël

http://www.orthodoxytoday.org/articles6/ReardonChristmas.phpPrêtre Patrick Reardon

Un problème historique particulier concerne les récits des Évangiles au sujet de la Nativité de notre Seigneur, mais la solution correcte à ce problème, je pense, offre une perspective unique pour ces récits. Ce sujet est facilement compris, et vaut largement qu'on s'y intéresse. Nous examinerons d'abord le problème, et ensuite considérerons sa solution.

Le problème, comme je l'ai fait remarquer, est historique. Disons-le simplement : où est-ce que Matthieu et Luc ont trouvé les éléments historiques qui charpentent les 2 premiers chapitres de l'Évangile de chacun?

La signification de cette question deviendra évidente quand nous aurons examiné le contenu de la plus ancienne prédication apostolique. Ce n'est pas une tâche ardue que de démontrer que cette prédication fut basée sur une structure narrative définie, qui commençait invariablement avec le ministère de Jean le Baptiste. Elle ne contenait rien ayant rapport à la conception, Naissance et enfance du Seigneur.

Nous discernons la structure de cette antique prédication apostolique dans les Actes d'Apôtres. Ainsi, lorsque saint Pierre commença à annoncer l'Évangile au centurion Corneille et à ses amis à Césarée, il commença par leur parler du ministère de Jean (10,36-37). Il passa directement de Jean à Jésus; il n'y avait rien de mentionné à propos de Jésus avant Son Baptême par Jean.

La même chose est vraie à propos de l'évangélisation par saint Paul d'Antioche de Pisidie. Pour parler de Jésus, Paul commença en Le reliant directement au ministère de Jean. Il n'inclut pas le moindre mot à propos de la vie de Jésus avant cette époque (13,23-25). C'est-à-dire que la "narration évangélique", la forme de l'histoire dans laquelle l'Évangile était proclamé, embrassait le ministère de Jésus, commençant avec Jean le Baptiste. Elle ne contenait aucune information à propos des premières années de Jésus, ou à propos de Sa conception et Naissance.

Maintenant, c'est exactement ce que nous devrions attendre d'une étude minutieuse de la directive que Pierre donna aux Apôtres rassemblés avant l'effusion du Saint-Esprit à la Pentecôte. Lorsqu'ils déterminèrent de choisir quelqu'un pour prendre la place de Judas Iscariote afin d'atteindre le nombre de 12 Témoins, Pierre spécifia la période de temps à laquelle l'élu devrait pouvoir rendre témoignage. Pierre donna le critère de sélection suivant : "Il faut donc que, parmi ceux qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis le Baptême de Jean jusqu'au jour où Il nous a été enlevé, il y en ait un qui se fasse avec nous, témoin de Sa Résurrection" (Actes 1,21-22). Cette période reprenant le ministère de Jean, définissait les limites spécifiques du récit apostolique original, la structure primitive de l'Évangile.

Deux des rédacteurs d'Évangile ont adhéré plutôt strictement à ces limites de temps spécifiées. C'est ainsi que Marc commence son Évangile avec le ministère de Jean le Baptiste (1,2-3). Même l'Évangéliste Jean, dont les premières paroles nous emmènent à la relation éternelle du Verbe avec le Père (1,1-5), commence à parler de la vie de Jésus sur terre en introduisant Jean le Baptiste. Même avant de déclarer que "le Verbe S'est fait chair et a demeuré parmi nous," Jean proclame "il y avait un homme envoyé de Dieu, dont le nom était Jean." Il continue en décrivant le ministère de Jean (1,6-40). Ensuite il passe directement de Jean à Jésus. Ni Marc ni Jean ne mentionnent le moindre détail à propos de la vie de Jésus dans une période antérieure.

Bref, à ce moment-là, la structure de l'histoire héritée du premier témoignage apostolique entamait l'histoire de la vie de Jésus avec la prédication de Jean le Baptiste. Ce témoignage apostolique ne semble pas avoir contenu le moindre détail sur Jésus avant l'apparition du Baptiste au Jourdain. Par conséquent, Matthieu et Luc, afin d'élargir l'histoire de l'Évangile pour y inclure les récits de la conception, Naissance et des premiers moments de la vie de Jésus, ne disposaient d'aucun matériau en rapport avec la plus ancienne prédication apostolique. Pour autant que nous en sachions, nul n'avait jamais rien prêché à ce sujet.

Dès lors, voici le problème historique : où donc est-ce que Matthieu et Luc ont obtenu le matériau narratif que l'on trouve dans les 2 premiers chapitres de chacun de ces Évangiles? De quelle source disposaient-ils?

La seule réponse raisonnable, me semble-t'il, c'est la propre mère de Jésus, dont on nous dit ceci "Marie gardait toutes ces choses et les comparait en son coeur" (Luc 2,19-51). De toute évidence, Luc dévoile ici sa
source. Seule Marie était encore vivante pour se rappeler, des années après, ces détails que plus personne ne connaissait. Elle est assurément le témoin vivant des précieuses histoires la concernant, elle et Joseph, la conception et la naissance de Jean le Baptiste, sa propre conception virginale, la mangeoire dans l'étable, les lange, les Anges et les bergers, les Mages et leurs dons, la circoncision du Seigneur, la Présentation au Temple, Siméon et Anne, et l'événement dramatique qui lui advint lorsque Jésus était âgé de 12 ans.

Matthieu et Luc diffèrent grandement entre eux quant aux détails, ainsi que sur leur orientation littéraire et théologique, mais ils rapportent dans l'essentiel la même histoire, et c'est une histoire qu'ils ne pouvaient avoir apprise que d'une seule et même source.

Dès lors, lire leur récits de Noël, même de nos jours, c'est entrer dans le coeur contemplatif d'une mère, coeur où ces histoires avaient été conservées jusqu'à ce qu'elles soient écrites dans les Évangiles sous la conduite inhérente au Saint-Esprit. Afin de proclamer cette partie antérieure de la vie de Jésus, la sainte Église nous emmène dans le coeur de Marie, pour partager en elle la foi intérieure et la vigilance contemplative, pour comprendre Noël comme elle l'a compris.

Le p. Patrick Reardon est le pasteur de l'église orthodoxe Antiochienne de Tous les Saints à Chicago, Illinois (USA), et éditeur principal de Touchstone : a Journal of Mere Christianity. Il est aussi l'auteur de "Christ in the Psalms" et "Christ in His Saints" (ces 2 livres étant publiés par Conciliar Press).
Posté: 21-Dec-06

Sur les différences entre Évangiles et leur utilisation, voir cet autre article du p. Patrick Reardon :
Observation Apostolique - préférence scripturaire

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