"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

30 décembre 2006

"A l'image et à la ressemblance de Dieu", sermon de saint Colomban de Luxeuil

statue du 12ème s.

Sermon 11. Sur l'entraînement.
en latin
en anglais



omme Moïse l'a écrit dans la Loi, "Dieu fit l'homme à Son image et ressemblance" (Gen. 1,26).

Je vous en prie, remarquez la particularité de cette phrase; Dieu l'Omnipotent, l'Invisible, l'Insondable, l'Ineffable, l'Introuvable, créant l'homme à partir de la glaise, l'ennoblît de la distinction de Son image. Quelle comparaison l'homme a-t'il avec Dieu? Qu'y-a-t'il entre la terre et l'esprit? Car "Dieu est Esprit" (Jn 4,24).
C'est une grande dignité que Dieu aie accordé à l'homme l'image de Son éternité et la ressemblance de Son caractère. Une grande distinction pour l'homme que cette ressemblance à Dieu, si elle est préservée; mais à nouveau, c'est une grande damnation que de souiller l'image de Dieu. Car s'il prostitue pour un usage contraire ce qu'il a reçu du souffle de Dieu, et corrompt la bénédiction de sa nature, alors il pervertit la ressemblance à Dieu et la détruit dans la mesure de son possible; cependant, s'il emploie les vertus plantées en son âme pour une bonne fin, alors il sera comme Dieu. Car quelques soient les vertus que Dieu a semées en nous dans notre état original, Il nous a enseigné dans les Commandements à les Lui rendre. Tel est le premier, "Aimer notre Seigneur de tout notre coeur" (Mt. 22,37) "car Il nous a aimés en premier" (Jn 4,10), depuis le début et avant que nous soyons. Car l'amour de Dieu, c'est la restauration de Son image. Mais il aime Dieu celui qui observe Ses Commandements; car Il a dit "Si vous M'aimez, vous garderez Mes Commandements" (Jn 14,15). Tel est Son Commandement, l'amour mutuel, selon cette parole "Tel est Mon Commandement, que vous vous aimiez les uns les autres, comme Je vous ai aimés" (Jn 15,12). Mais l'amour véritable "n'est pas seulement en paroles, mais en actes et en vérité" (Jn 3,18). Dès lors, restaurons pour notre Dieu, notre Père, Sa propre image dans la sainteté non-souillée, puisqu'Il est Saint, selon cette parole "vous aussi soyez saints, puisque Je suis Saint" (Lév. 2,44); dans l'amour, puisqu'Il est amour, selon cette parole de Jean "Dieu est amour" (1 Jn 4,8); dans la justice et la vérité, puisqu'Il est juste et vrai.

Ne soyons pas les peintres d'une autre image; car tel est le peintre d'une image despotique, qui est farouche, courroucé, orgueilleux. Car de même que la fausse connaissance est détectée, ainsi la fausse image est aussi découverte comme n'étant qu'un fantôme. Parce que la vérité est distincte de la fausseté, la justice de l'injustice, l'amour de la volonté malade, l'enthousiasme de la négligence, la rectitude de l'erreur, l'affection du faux-semblant, et toutes peignent quelqu'images sur nous, qui sont mutuellement opposées. Car la justice et l'injustice, la paix et le désaccord, sont opposés l'un à l'autre. Dès lors, de peur que nous ne risquions de laisser venir en nous-mêmes des images despotiques, laissons le Christ peindre Son image en nous, comme Il le fait en disant "Ma paix, Je vous la donne, Je vous laisse Ma paix" (Jn 14,27).

Mais quel est notre intérêt de savoir que la paix est bonne, si elle n'est pas bien préservée? Car tout don excellent est habituellement le plus fragile, et la plus précieuse des choses requiers le plus grand soin et la meilleure garde; car une chose est si précaire, qu'elle est perdue par la vaine parole, et périt de la moindre blessure d'un frère. Il n'y a personne que vous flagorniez que vous ne blessiez; et vous ne flattez personne lorsque vous le méprisez. Car si vous dites "Fou, vous" (avez tous 2 rompu la paix et) "êtes condamnable au feu de l'enfer" (Mt 5,22).

Dès lors, ceux qui pratiquent l'accomplissement de l'amour fraternel doivent prendre garde à ne pas parler comme il leur plaît, et à ne pas laisser leur langue vaquer au gré du mouvement de leur esprit, et ceci non seulement à cause des paroles offensantes, mais même "pour les paroles inutiles, pour lesquelles nous aurons à rendre compte" (Mt 12,36).
Dès lors, nous devons prendre pour habitude de ne pas nous attarder en discussion, mais de dire le strict minimum. Car il n'y a rien de plus agréable pour les hommes que de parler et de s'intéresser aux affaires des autres, et à prononcer de vaines paroles un peu partout, et à critiquer les absents; et dès lors ceux qui ne savent pas dire "le Seigneur m'a donné une langue capable de discernement, afin que je puisse soutenir celui qui est fatigué avec une parole," (Is. 50,4) ils devraient garder le silence, et s'ils disent quelque chose, que ce soit pacifique. Car aussi sage puisse être un homme, il offense moins avec peu de paroles qu'avec beaucoup; car quand on ment, maudit, critique, on se tranche sa propre gorge avec sa propre épée. Mais qu'est-ce que nos ennemis auraient désiré d'autre pour nous, sinon que nous tombions sous nos propres armes? "Ne critiquez pas" (dit l'Écriture), "sinon vous serez exterminé" (Ps 37,8-9)
Voyez ce qui est accomplit dans les oeuvres d'injustice; demeures et plantations, que nous peinons à établir par de longs et quotidiens labeurs, sont exterminées par une seule parole de critique, et ce qui est fondé avec difficulté par des efforts de longue haleine est renversé par le début d'un seul discours. Que chacun prenne garde, de peur qu'à cause d'une critique acerbe, sa racine ne soit arrachée hors de la terre des vivants. Car nul ne critique jamais celui qu'il aime; parce que le reproche est le premier-né du courroux, et dès lors le fils d'un tel père doit à juste titre être exterminé.

C'est un dangereux état, mes très chers amis, que celui dans lequel ces choses ne sont pas rejetées. "Car si," (comme le dit l'Apôtre), "vous vous enviez et mordez l'un l'autre, (critiquez l'un l'autre, je dis), prenez garde que vous allez vous entre-détruire" (Gal. 5,15). Car si "celui qui aime ne connaît pas la mort" (1 Jn 3,14), où se retrouvera celui qui critique? Pour ce dernier, les larmes sont bien plus nécessaires que les paroles. Car quoi d'autre la Loi de Dieu a-t'elle commandé avec plus d'insistance et plus complètement, si ce n'est d'aimer? Et pourtant vous en trouverez rarement qui le fassent. Que dirons-nous comme excuse? Pourrons-nous réellement dire "c'est pénible, c'est difficile?" Aimer n'est pas difficile; aimer est plus agréable, plus salutaire, meilleur pour le coeur. Car si le coeur n'a pas succombé sous le poids de ses vices, l'amour est sa bonne santé, en plus d'être agréable à Dieu; car rien n'est plus cher à Dieu que l'amour, en particulier l'amour spirituel, puisqu'il est le résumé de Sa Loi et de tous Ses Commandements, selon ce qu'en disait l'Apôtre, "car celui qui aime son prochain a accompli la Loi" (Rom. 13,8).
Et celui qui a accomplit la Loi par la pratique de l'amour a la vie éternelle, comme Jean l'a aussi dit : "Frères, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons notre prochain; car celui qui n'aime pas est dans la mort. De plus si quelqu'un hait, il est meurtrier. Et vous savez que nul meurtrier n'a la vie éternelle en lui" (1 Jn 3,14-15).

C'est pourquoi nous ne devons être occupés avec rien d'autre qu'aimer, ou nous ne devons attendre rien d'autre sinon la punition, "car l'amour est accomplissement de la Loi" (Rom. 13,10), et avec cela, que le Juste daigne grandement nous inspirer, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, Lui Qui daigna être offert en tant qu'Auteur de la paix et Dieu d'Amour, à Qui soit la gloire aux siècles des siècles.
Amen.

Saint Colomban, père abbé de Luxeuil et Bobbio

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Grande Icône contemporaine de saint Colomban :
http://www.atelier-st-andre.net/fr/pages/oeuvres/frsaintdoc04.html


Justice et amour : pétition pour obtenir la libération des infirmières Bulgares et du médecin Palestinien injustement condamnés en Lybie, et abjectement menacés d'un crime contre Dieu : la peine de mort.

En Belgique, l'ACAT (action des Chrétiens pour l'abolition de la torture et de la peine de mort) avait (et a encore??) parmi ses responsables francophones un prêtre Orthodoxe Belge. C'est ce qu'on peut appeler la mise en pratique du sermon de saint Columban ci-dessus: de rares paroles mais de l'action dans l'amour du prochain.
http://www.acat-belgique-francophone.be/

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