"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

26 décembre 2006

Naissance du Médiateur, notre Seigneur Jésus-Christ, épistémologie et cosmologie

Lundi 25 décembre
Prêtre Patrick Henry Reardon
Parmi les doctrines du Nouveau Testament les plus négligées de nos jours, je suggérerais que c'est celle du Christ en tant que Médiateur. Ou peut-être que "négligée" serait exagéré. Disons "fortement sous-estimée."

Je crois qu'une indication de cette réduction, c'est la défaillance largement répandue parmi les Chrétiens contemporains de mentionner ou même ne fut-ce que penser à la médiation du Christ lorsqu'ils parlent de la Création, qu'il s'agisse de sa structure ou de notre compréhension de cette structure. En d'autres mots, je crois que de nos jours, les Chrétiens considèrent rarement le Christ en matière de cosmologie et d'épistémologie. Cependant, puisque nous sommes censés aimer Dieu aussi "de tout notre esprit", ce n'est certainement pas légitime d'oublier le Christ dans ces 2 préoccupations.

Tout d'abord, considérons la cosmologie, qui traite de la question "comment est-ce que les choses se combinent?" Plusieurs endroits du Nouveau Testament fournissent des points de départ pour une cosmologie Christocentrique, certes, mais 2 Corinthiens 4,6 suffira déjà : "Car Dieu, qui a dit : "Que du sein des ténèbres la lumière brille", est aussi Celui Qui a fait briller Sa lumière dans nos coeurs, pour qu'y luise l'éclat de la connaissance de la splendeur de Dieu qui apparaît sur le visage du Christ." Dans ce texte, nous remarquons que Paul identifie le Créateur dans la Genèse comme étant le même Dieu dont la lumière luit sur le visage du Christ.

Pour entrer dans le mystère de ce texte, nous devons d'abord considérer la lumière de la Création telle que présentée dans la Genèse. Quelle est donc cette lumière dont Dieu, dans Ses premières Paroles rapportées, dit "que lumière soit"? Ce verset biblique ne parle sûrement pas de la lumière du soleil, car c'était le tout premier jour de la Création, et le soleil ne devait pas être créé avant le 4ème jour, le mercredi.

D'après tous les anciens commentaires, tant Juifs que Chrétiens, cette lumière dans la Genèse est l'intelligibilité intrinsèque de toute l'oeuvre de Dieu. Ce verset est la première affirmation de la Bible que la Création est remplie et formée par la pensée divine. Ce n'est pas du chaos mais c'est structuré dans la lumière et imprégné d'un sens, logos.

Maintenant, c'est la thèse de Paul, que cette lumière de la Création est celle qui paraît sur le visage du Christ. Il soutien que c'est à travers le Christ que cette mystérieuse lumière de la Création, normalement invisible, est manifestée. La connaissance de Dieu en Christ révèle cette lumière "en nos coeurs."

C'est, je pense, un des sens très important mais souvent négligés, celui du Christ comme étant le Médiateur. C'est en faisant référence au Christ, là aussi, que saint Jean affirma, dans sa propre remarque sur la cosmologie "Il était dans le principe avec Dieu. Toutes choses furent créées à travers Lui." En cela, Jean est bien d'accord avec Moïse au sujet de la lumière dans la Création. Dès lors, nous devrions commencer avec Jésus, "Celui par Qui les 2 plus grands Sages ont commencé : Moïse, l'auteur de la Sagesse, et Jean, son consommateur" (Bonnaventura, Collationes in Hexaemeron 1.10).

En somme, selon la théologie de Paul et de Jean, Christ est notre Médiateur même dans le sens de la composition formelle de ce monde. En plus de la Lumière Incréée qui émane de Sa Personne divine, rayonne aussi la lumière créée, qui donne à l'univers sa structure et son essence [notion philosophique; ndt].

Et cette thèse nous amène à la question épistémologique "Comment puis-je connaître cette signification qui se trouve au coeur de la Création?" Paul et Jean traitent aussi de cette question. Pour eux, Christ n'est pas seulement le médiateur de la Création, le Verbe en Qui toutes choses créées subsistent et ont leur être; Il est aussi la Lumière intelligible par laquelle Sa propre médiation est perçue. C'est-à-dire que le Christ n'est pas seulement le fondement du principe cosmologique, mais aussi du principe épistémologique, par lequel toutes choses créées sont connues de Dieu et peuvent, par révélation divine, être comprises des hommes. En venant dans le monde, dit Jean, Il illumina tout homme (Jn 1,9).

Pour cette raison, c'est la thèse de la Bible que la véritable et ultime intelligibilité du monde est cachée à ceux qui ne connaissent pas le Christ. Sur ce point, restons chez saint Paul qui prie afin "qu'ils aient aussi pleine connaissance du mystère de Dieu, à savoir le Christ, en Qui se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la science" (Colossiens 2,3).

Remarquez qu'en Christ, les trésors de la sagesse et de la connaissance sont décrits comme "cachés" – "apokryphoi", en grec. Jésus aussi parla de cette dissimulation : "Je Te bénis, Père, Seigneur du Ciel et de la terre, de ce que tout en cachant (ekrypsas) ces choses aux sages et aux avisés, Tu les aies découvertes aux tout petits" (Matthieu 11,25). Le Logos de Dieu au sein du monde est d'abord une oeuvre de cryptographie et puis ensuite de dévoilement.

La "loupe" du Christ [le regard du Christ] permet d'atteindre la "vision correcte" – "l'orthodoxie" – du monde, y compris de son origine hors du néant et de sa transformation finale en immortalité. La signification de toutes choses créées est cachée dans la personne et la vie de Jésus, et révélée aux "tous petits" qui se confient eux-mêmes en Sa seule médiation.

Le principe structurel et la destinée finale de la Création, dès lors, sont manifestés en un moment spécifique dans l'Histoire, moment qui est connu par le Nom Jésus-Christ. Pour finir, aucune vision du monde n'est vraiment correcte, vraiment orthodoxe, sauf à travers la "loupe" lumineuse de la foi en la médiation de "l'homme" Jésus-Christ.

Le p. Patrick Reardon est le pasteur de l'église orthodoxe Antiochienne de Tous les Saints à Chicago, Illinois (USA), et éditeur principal de Touchstone : a Journal of Mere Christianity. Il est aussi l'auteur de "Christ in the Psalms" et "Christ in His Saints" (ces 2 livres étant publiés par Conciliar Press).
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Vibrant et splendide à lire, le texte (surtout!), "Vox Spiritualis", l'homélie sur le Prologue de Jean, par saint Jean Scot Érigène

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