"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

27 décembre 2006

Omnes sancti martires Dei orate pro nobis

Le sang des martyrs
groups.google.fr/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/87e25999ec770c8eLe second jour de Noël dans l'Église Orthodoxe est dédié à la Vierge Marie.
Il est appelé la Synaxe de la très sainte Théotokos. L'Église se rassemble en ce jour pour honorer celle à travers qui le Sauveur est venu. La Création toute entière est redevable au Seigneur pour son Salut, mais le Seigneur Lui-même est redevable envers Marie qui, humainement parlant, par la grâce de l'Esprit, a rendu Sa Venue possible (1).

Ensuite suivent les 3 jours de l'après-Fête de la Nativité, dédiés à la mémoire de ceux qui furent tués pour le Christ. Le premier est la célébration de la mémoire du premier martyr Chrétien, le diacre Étienne. Comme le déclarent les hymnes de sa fête, la persécution et la mort de Chrétiens est un résultat inévitable de la Venue du Christ. Jésus vint pour mourir pour la vérité de Dieu, ce qui est le plus parfaitement actualisée dans le don de sa vie afin que les autres puissent vivre. C'est l'expression d'amour la plus divine possible qui soit envers les créatures. Les disciples du Christ imitent Son exemple, c'est leur appel et le commandement, trouvant en lui leur plus haute joie et accomplissement.

"Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres; comme Je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres, que tous vous reconnaîtront pour Mes disciples" (Jn 13,34-35).

"Comme le Père M'a aimé, Moi aussi Je vous ai aimés. Demeurez dans Mon amour. Si vous observez Mes Commandements, vous demeurerez dans Mon amour, tout comme J'ai moi-même observé les Commandements de Mon Père et Je demeure dans Son amour. Je vous ai parlé de la sorte, afin que Ma joie soit en vous, et que votre joie soit dans sa plénitude. Voici Mon commandement : Aimez-vous les uns les autres, comme Je vous ai aimés. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes Mes amis, si vous faites ce que Je vous commande" (Jn 15,9-14).

Plus que tous les autres, les martyrs sont les amis du Christ. Dans leurs souffrances, d'après les audacieuses paroles de saint Paul, ils font ceci : "Ce qui manque aux épreuves du Christ, je l'achève en ma chair pour son corps, qui est l'Église" (Col. 1,24). C'est assurément vrai dans le cas de saint Étienne, dont la mort en martyr est rapportée par saint Luc dans les Actes d'Apôtres (voir Actes 6-7).

Au Roi et Seigneur de tout
Qui est né sur terre,
Étienne le magnifique est offert ce jour,
Orné de la pourpre de son propre sang,
Semblable à des pierres précieuses.

Viens, O Ami des martyrs!
Tisse les fleurs de cantiques en une couronne,
Honorant le protomartyr du Christ notre Dieu
Car son esprit rayonne de sagesse et d'amour.
Par ses prières, nous recevons paix et abondante miséricorde. (2)

Hier, le Roi est né dans la chair,
et est devenu nôtre.
Aujourd'hui Son serviteur est lapidé,
et quitte la chair :
Le glorieux protomartyr Étienne. (3)

Étienne est offert au Roi
En sacrifice vivant.
Aujourd'hui il quitte la chair,
Allant au Dieu Tout-Puissant Qui vint habiter dans la chair,
Achevant son combat dans l'honneur,
Pour l'amour du Christ. (4)

Le 3ème jour de Noël est dédié à la mémoire des saints martyrs de Nicomédie, qui refusèrent d'honorer un empereur terrestre en tant que roi par fidélité pour l'unique Roi des Cieux. Leur sang aussi, selon l'ancien dicton Chrétien, est devenu semence de l'Église.

La cohorte des vingt mille martyrs
Apparaît telle une étoile dans l'Église,
Car ces nobles hommes et femmes
Furent enflammés du divin amour pour leur Maître,
Et dans le feu achevèrent le cours de leurs vies,
Dans la sainteté et la joie. (5)

Pour finir, le 4ème jour de la Fête, la "Pâque" des enfants innocents massacrés par Hérode est célébrée avec louanges.
"Quand Hérode se vit joué par les mages, il entra en fureur et envoya massacrer tous les enfants de Bethléem et de tout son territoire, jusqu'à l'âge de 2 ans, selon la date qu'il s'était fait préciser par les mages. Ainsi s'accomplissait l'oracle du prophète Jérémie : 'Une clameur s'est fait entendre à Rama, des gémissements et des sanglots répétés : c'est Rachel qui pleure ses enfants, et ne veut pas se consoler de ce qu'ils ne sont plus' (Jér 31,15)!"

Jésus échappa au massacre des enfants grâce à la fuite de Ses parents en Égypte. L'Ange avertit Joseph en songe "Lève-toi, lui dit-il, emmène l'Enfant et Sa mère, et réfugiez-vous en Égypte jusqu'à ce que je t'avertisse. Hérode, en effet, va rechercher l'Enfant pour Le faire périr" (Mt 2,13). Dès Ses tous premiers jours, Jésus fut rejeté sur terre. Il fut pourchassé par Hérode, pour finir prisonnier de Pilate qui, avec les dirigeants de Son propre peuple, mettra le Messie à mort. La raison d'une telle hostilité au point d'aboutir au meurtre est donnée par le Christ Lui-même lorsqu'Il dit que "la Lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la Lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises" (Jn 3,19).

La fuite de Jésus en Égypte est vue par l'Évangéliste comme accomplissant les paroles prophétiques "D'Égypte J'ai appelé Mon Fils" (Mt 2,15; Os. 11,1). Il voit aussi l'installation de Jésus à Nazareth comme nécessaire pour accomplir les paroles "Il sera appelé Nazoréen" (Mt 2,23). L'Égyte est symboliquement prise comme l'ennemi absolu d'Israël, ceci indiquant à nouveau que le Messie est venu pour tous les peuples.

La question adressée à tous ceux qui célèbrent la Pâque d'Hiver du Christ concerne leur propre relation avec le Seigneur. Sommes-nous prêts à Le recevoir, et dès lors à aimer comme Lui nous a aimés, même jusqu'à la mort? Ou faisons-nous partie de ceux qui ne Le reçoivent pas, sommes-nous comptés parmi ceux qui L'assassinent par notre haine et notre négligence envers notre prochain? Comme disait le disciple "Celui qui dit être dans la lumière et qui hait son frère se trouve encore dans les ténèbres à présent [..] Quiconque hait son frère est un assassin. Or, vous savez qu'aucun assassin n'a en lui la vie éternelle à demeure. En ceci nous avons connu l'amour : (Jésus) a donné Sa vie pour nous. De même, nous devons donner notre vie pour nos frères" (1 Jn 2,9; 3,15-16).

Lorsque Jésus naquit à Bethléem de Judée,
Le sceptre de la maison de Juda s'effaça.
Les enfants à peine sur pied furent massacrés par ceux tentant de tuer le Christ.
Une voix fut entendue à Ramah,
Les lamentations des filles de Judée,
Rachel pleurant ses fils, tel qu'il est écrit
Car l'impie Hérode avait fait assassiner les enfants.
La terre de Judée fut détrempée du sang innocent,
La terre fut rougie du sang des bébés.

Mais l'Église des Nations est lavée par ce sang,
Revêtue de lumineuse pureté, elle s'écrie avec joie:
La Vérité est advenue!
Dieu S'est manifesté!
Il est né de la Vierge,
Illuminant ceux qui gisaient dans les ténèbres,
Pour le Salut du monde! (6)
(1) Cette audacieuse affirmation de la libre réponse de Marie et de sa collaboration volontaire à la naissance du Christ est répétée de nombre de manières par les Pères de l'Église.
(2) Vêpres de la fête de saint Étienne. Le mot "stéphane" en grec signifie "couronne."
(3) Kondakion de la fête de saint Étienne.
(4) Hymne de la lumière, chantée aux Matines de la fête de saint Étienne.
(5) Kondakion de la fête des saints martyrs de Nicomédie.

(Extrait de "The Winter Pascha" par le protopresbytre Thomas Hopko, SVS Press, 1984)

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