"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

21 janvier 2007

P. Schmemann : le Dimanche de Zachée (avant-Carême)

groups.google.be/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/a6f5248bda2cd1b4Afin de nous préparer au Grand Carême, l'Église Orthodoxe commence par en annoncer l'approche un mois complet avant qu'il ne commence effectivement. Qu'il est difficile pour une personne de comprendre qu'à côté des innombrables préoccupations de la vie auxquelles elle s'attache, il y a aussi le soin de l'âme, pour notre monde intérieur. Si nous étions un peu plus sérieux, nous verrions à quel point le soin de l'âme est vraiment important, essentiel et même fondamental. Nous comprendrions alors le rythme lent et mystérieux de la vie d'église. Nous connaissons, bien entendu, la signification que la nourriture a pour notre vie. Certains aliments sont bons et nutritifs, d'autres sont malsains; celui-ci est trop riche, faites attention à celui-là. Nous déployons de grands efforts pour nous assurer que la nourriture que nous mangeons est bonne pour nous. Et c'est bien plus qu'une pieuse rhétorique de dire que nos âmes ont aussi besoin d'être nourries, que "l'homme ne vivra pas seulement de pain" (Mt 4,4). Chacun d'entre nous sait que nous avons besoin de temps pour lire, pour penser, pour converser, pour nous détendre. Et malgré cela, nous prêtons fort peu d'attention convenable, voire même pas le strict minimum. Nous nous contentons de lectures futiles, de badineries mais pas de conversation, d'amusement mais pas de nourriture intellectuelle. Nous ne comprenons pas que l'âme devient plus facilement constipée que notre système digestif, et que les conséquences d'une âme constipée sont bien plus néfastes. On consacre tant de temps pour les choses externes, et si peu pour la vie intérieure. Mais à présent, nous approchons de ce temps de l'année où l'Église nous appelle à nous souvenir de l'existence de cette personne intérieure, et à être horrifiés par notre perte de mémoire, par le non-sens, par l'insignifiance dans laquelle nous nous immergeons, par le gâchis de ce temps si précieux qui nous est donné de manière si parcimonieuse, par la confusion dans laquelle nous vivons, si négligés et mesquins.

Le Grand Carême est un temps de repentance, et la repentance est un ré-examen, une ré-évaluation, un approfondissement, un renversement. La repentance est le dévoilement plein de regret de sa propre personne "intérieure", négligée, oubliée, souillée. La première annonce du Grand Carême, le premier rappel, nous vient à travers un court récit d'Évangile à propos d'un homme tout sauf remarquable, "de petite taille", dont l'occupation comme collecteur d'impôt, à cette époque-là et dans cette société-là, le marquait comme avide, cruel et malhonnête.

"Jésus entra dans Jéricho et traversait la ville. Il y avait un homme fort riche, nommé Zachée, chef des percepteurs d'impôts. Il cherchait à voir qui était Jésus et n'y parvenait pas, à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut en avant et grimpa sur un sycomore pour Le voir, puisqu'Il devait passer par là. Jésus, parvenu à cet endroit, leva les yeux et lui dit : "Zachée, dépêche-toi de descendre, car aujourd'hui c'est chez toi que Je dois loger." Zachée descendit prestement et accueillit Jésus dans la joie. Ce que voyant, tout le monde murmurait : "Il s'en va loger chez un pécheur..." Mais Zachée, debout devant le Seigneur, Lui dit : "Seigneur, je donne désormais aux pauvres la moitié de mes biens et si j'ai extorqué de l'argent à quelqu'un je lui rends le quadruple." Jésus lui dit : "Aujourd'hui le Salut est entré dans cette maison, car cet homme est, lui aussi, fils d'Abraham. En effet, le Fils de l'Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu" (Luc 19,1-10).

Zachée voulait voir le Christ; il le voulait tellement que son désir attira l'attention de Jésus. Le désir est le début de tout. Comme le dit l'Évangile, "là où est ton trésor, là sera aussi ton coeur" (Mt 6,21). Tout dans notre vie commence avec le désir, puisque ce que nous désirons est aussi ce que nous aimons, ce qui nous attire du plus profond de nous-mêmes, ce à quoi nous cédons. Nous savons que Zachée aimait l'argent, et de son propre aveu, nous savons que pour en obtenir, il n'avait pas de scrupules à escroquer autrui. Zachée était riche et aimait la richesse, mais au fond de lui-même il découvrit un autre désir, il voulut autre chose, et ce désir devint un moment-pivot dans sa vie.

Ce récit d'évangile nous pose une question à chacun d'entre nous : qu'aimons-nous, que désirons-nous? Non pas superficiellement, mais en profondeur. Il n'y a pas de mystérieux maître parcourant votre ville, votre rue, entouré de foules de gens. Mais en est-on sûr? N'y-a-t'il pas quelque mystérieux appel parcourant votre vie à chaque instant; et quelque part dans les profondeurs de votre âme, ne ressentez-vous pas parfois une aspiration à quelque chose d'autre que ce qui remplit à présent votre vie du matin jusqu'au soir? Arrêtez-vous un moment, prêtez-y attention, entrez dans votre coeur, écoutez votre personne intérieure, et vous trouverez au fond de vous-mêmes ce même désir étrange et merveilleux que Zachée rencontra, sans lequel nul être humain ne saurait vivre, et que cependant la plupart craignent et évacuent par le bruit et la vanité des choses extérieures. "Voici que Je me tiens à la port et y frappe," dit le Nouveau Testament (Apocalypse 3,20). Entendez-vous ces coups discrets? C'est la première invitation de l'Église, de l'Évangile, et du Christ : le désir pour quelque chose d'autre, pour prendre une bonne et profonde bouffée d'autre chose, pour se souvenir de quelque chose d'autre. Et le moment même où nous commençons à écouter cet appel, c'est comme si un vent pur et joyeux s'engouffrait dans nos vies sans joie étouffées par l'air vicié, et alors commence le lent retour.

Désir. L'âme prenant une profonde respiration. Tout devient – et est déjà devenu – différent, nouveau, significatif à l'infini. Le petit homme, avec ses yeux sur le sol se concentrant sur ses désirs terrestres, cesse à présent d'être petit, car sa victoire sur lui-même commence. C'est ici qu'est le début, la première étape de l'extérieur vers l'intérieur, vers cette mystérieuse patrie après laquelle tous les êtres humains aspirent et qu'ils désirent, souvent à l'insu d'eux-mêmes.
[Extrait de
"Celebration of Faith" Sermons, Vol. 2 "The Church Year"
par feu le protopresbytre Alexander Schmemann, 1994]




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Description du livre sur Amazon.com
162 pages
Éditeur: St. Vladimir's Seminary Press
ISBN 0-88141-138-8
"Il n'existe pas de société humaine sans célébrations, jours fériés et fêtes, "la fête est une partie indéniable du rythme de travail et de repos de l'homme," observe le p. Schmemann. Mais au-delà du besoin de se reposer du travail, le développement de célébrations dans la culture humaine a des racines bien plus profondes dans le besoin absolument irrépressible de l'homme, non pas seulement pour le repos, mais aussi pour la joie, pour signifier que nous trouvons la vraie source de célébration et sa ténacité dans la société humaine. Les fêtes, dans chaque culture, sont devenues dépositaire et expression des buts, ambitions et vision du monde de la société concernée. Comme l'écrit le p. Schmemann, "dites-moi ce que vous célébrez, et je vous dirai qui vous êtes."
Aussi la meilleure manière de comprendre le Christianisme, c'est à travers ses célébrations, plutôt qu'à travers des formules dogmatiques et théologiques abstraites. Le Christianisme Orthodoxe en particulier, depuis ses tous premiers jours, a exprimé sa foi, sa compréhension du monde et son approche de la vie à travers un réseau de fêtes qui embrasse toute l'année. "Sans exagération, nous pouvons dire que le fidèle vit de fête en fête, et que pour lui, ces fêtes sanctifient l'entièreté du temps à travers l'arrivée et le parcours de chaque saison [liturgique]."
Dans ce volume-ci, le p. Schmemann examine d'abord le phénomène de célébration, et ensuite son expression dans l'année liturgique Chrétienne Orthodoxe, se concentrant en particulier sur les cycles de Noël et de Pâques. Ses réflexions sur les fêtes consacrées à Marie, la Mère de Dieu, seront reprises dans le volume 3 de "Celebration of Faith".
Le prêtre Alexander Schmemann († 1983) a été un auteur prolifique, un brillant conférencier et un pasteur dévoué."
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Textes & tropaires pour la Liturgie orthodoxe byzantine de ce Dimanche de Zachée:
http://www.orthodoxie.com/2007/01/dimanche_de_zac.html



http://perso.orange.fr/abbaye.bellefontaine/so/so13.htm


extrait en français:
http://www.pagesorthodoxes.net/metanoia/schmemann-grandcareme.htm

Ressources pour le Grand Carême - lectures spirituelles
en anglais :
http://aggreen.net/great_lent/great_lent.html

en français :

http://www.pagesorthodoxes.net/metanoia/metanoia-introduction.htm

http://www.orthodoxa.org/archives/archivesFR/spiritualite/careme.htm

http://www.orthodoxie.com/2005/03/grand_carme_pet.html

"Le culte liturgique du Grand Carême est ... une école de repentance. Il nous enseigne ce qu'est la repentance, et comment acquérir l'esprit de repentance. Il nous prépare et nous guide vers la régénération spirituelle sans laquelle "l'absolution" reste vide de sens. En bref, c'est à la fois un enseignement à propos de la repentance, et le chemin de la repentance. Et puisqu'il ne saurait y avoir de véritable vie Chrétienne sans repentance, sans cette constante "ré-évaluation" de la vie, le culte liturgique du Grand Carême est une partie essentielle de la tradition liturgique de l'Église."
Protopresbytre Alexander Schmemann

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