"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

03 janvier 2007

Une lecture spirituello-philosophique de Genèse 1-3

lundi 1er janvier
Prêtre Patrick Henry Reardon
Genèse 1 : "Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres couvraient l'abîme et le souffle de Dieu planait sur les eaux. Dieu dit : "Que la lumière soit!" Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres. Dieu appela la lumière Jour, et les ténèbres Nuit. Le soir vint, puis le matin : ce fut le premier jour. Dieu dit : "Qu'il y ait un firmament entre les eaux, et qu'il les sépare les unes des autres." Et il en fut ainsi. Dieu fit le firmament, et il sépara les eaux qui sont au-dessous du firmament de celles qui sont au-dessus. Dieu appela le firmament cieux. Le soir vint, puis le matin : ce fut le second jour. Dieu dit : "Que les eaux qui sont au-dessous des cieux se rassemblent en un seul lieu, que le continent apparaisse." Et il en fut ainsi. Dieu appela Terre le continent et Mer la masse des eaux. Et Dieu vit que cela était bon. Dieu dit : "Que la terre produise de la verdure, des herbes portant semence, des arbres fruitiers de toute espèce, donnant sur terre du fruit contenant sa semence." Et il en fut ainsi. La terre produisit de la verdure, de l'herbe portant semence de toute espèce, et des arbres de toute espèce, produisant du fruit contenant sa semence. Dieu vit que cela était bon. Le soir vint, puis le matin : ce fut le troisième jour. Dieu dit : "Qu'il y ait des luminaires au firmament des cieux pour distinguer le jour de la nuit; qu'ils servent de signes pour marquer les saisons, les jours et les années; ils serviront aussi de luminaires au firmament des cieux, pour éclairer la terre." Et il en fut ainsi. Dieu fit les deux grands luminaires : le plus grand pour présider au jour, et le plus petit pour présider à la nuit; et puis les étoiles. Dieu les plaça au firmament des cieux pour éclairer la terre, pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière des ténèbres. Et Dieu vit que cela était bon. Le soir vint, puis le matin : ce fut le quatrième jour. Dieu dit : "Qu'une multitude d'êtres vivants grouillent dans les eaux, et que des oiseaux volent sur la terre, vers le firmament des cieux." (Et il en fut ainsi). Dieu créa, selon leur espèce, les monstres marins et tout le pullulement des êtres vivants qui grouillent dans les eaux, ainsi que tous les oiseaux ailés, de toute espèce. Et Dieu vit que cela était bon. Dieu les bénit : "Soyez féconds, dit-il, multipliez et remplissez les eaux dans la mer, et que les oiseaux multiplient sur la terre." Le soir vint, puis le matin : ce fut le cinquième jour. Dieu dit : "Que la terre produise des êtres vivants de toute espèce : bétail, reptiles, bêtes sauvages de toute espèce." Et il en fut ainsi. Dieu fit les bêtes sauvages de toute espèce, le bétail de même, et de même tous les animaux qui rampent sur le sol. Et Dieu vit que cela était bon. Alors Dieu dit : "Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu'il règne sur les poissons de la mer, sur les oiseaux des cieux, sur le bétail, sur les bêtes sauvages et sur tous les animaux qui rampent sur le sol." Dieu créa l'homme à son image; à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. Dieu les bénit : "Soyez féconds, dit-il, multipliez, remplissez la terre et soumettez-la. Régnez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux des cieux et sur tous les animaux qui rampent sur le sol." Dieu dit : "Je vous donne toute herbe portant semence sur toute la surface de la terre, ainsi que tous les arbres fruitiers portant semence; ce sera votre nourriture. À toutes les bêtes de la terre, à tous les oiseaux des cieux et à tout être qui rampe sur le sol, pourvu du souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture." Et il en fut ainsi. Dieu considéra toute son oeuvre, et il vit que cela était très bon. Le soir vint, puis le matin : ce fut le sixième jour."

C'est un grand avantage que de lire les chapitres ouvrant le livre de la Genèse après avoir terminé de lire les derniers chapitres du livre de l'Apocalypse. Le livre de la Genèse n'a probablement pas été le premier livre de la Bible à avoir été mis par écrit, et il est probable que l'Apocalypse n'a pas été le dernier livre de la
Bible à avoir été écrit. Néanmoins, parce que c'est le Saint Esprit, in fine, Qui est l'Auteur des 2 livres, et dans la mesure où le Saint Esprit a composé le corpus entier de la Sainte Écriture (ce qui signifie que même la "table des matières" de la Bible est divinement inspirée!), cela ne devrait pas nous surprendre que la Bible se referme avec des réflexions sur des sujets qui avaient commencé à être abordés dans les pages ouvrant la Bible. Dès lors, lorsque l'Apocalypse dit "qu'il n'y aura plus de malédiction" (22,3), c'est une référence à cette malédiction primitive lancée à notre race humaine presqu'au tout début de la Bible.

Ce chapitre d'ouverture de la Genèse a toujours été un grand favori des commentateurs Chrétiens, depuis les débuts et au fil du temps, et ils y ont découvert de profonds niveaux de compréhension. A cet égard, il vaut la peine de faire remarquer que les anciens auteurs Chrétiens auraient été très surpris d'entendre parler de cette idée relativement moderne que les "7 jours" de la Création étaient, chacun d'entre eux, des périodes de 24 heures. Ils auraient demandé, à ce sujet, exactement ce que notre stricte adhésion à la logique voudrait que nous demandions, à savoir "comment est-ce possible, puisqu'il n'existait alors nul moyen de mesurer le temps?" Pour dire plus précisément, un jour de 24 heures nécessite une rotation de la planète Terre par rapport au soleil. Cependant, le soleil n'avait pas été créé avant le 4ème jour.

En effet, c'est en partie le problème. Le lever et coucher du soleil ne sont pas ce qui détermine le jour et la nuit. Nous les gens des temps modernes, nous considérons la lumière du soleil comme étant ce qui crée le jour, et l'absence de lumière du soleil comme ce qui crée la nuit. La Bible et ses antiques commentateurs auraient trouvé cela une très étroite notion de jour et nuit, lumière et ténèbre. Dans la pensée biblique, le soleil "marque" le jour; il ne le crée pas. Le jour pourrait être là, si on peut s'exprimer ainsi, que le soleil se lève ou non. Le but du soleil est de nous permettre de voir qu'il fait jour. Le soir et le matin, cependant, existaient déjà depuis 3 jours avant qu'il n'y aie eu un soleil.

Le jour et la nuit sont simplement les noms de la lumière et des ténèbres (verset 5); la lumière et les ténèbres existaient indépendamment du soleil ou de tout autre corps céleste. Nous remarquons que la Genèse ne dit pas que Dieu a créé les ténèbres; si on peut s'exprimer ainsi, les ténèbres étaient déjà là. Les ténèbres ne sont rien; c'est de la non-existence. Dès lors, la nuit elle-même symbolise la non-existence. C'est pourquoi la nuit elle-même finira par disparaître (Apocalypse 22,5).

D'un autre côté, la lumière est la première création de Dieu; "Que lumière soit" sont Ses premières Paroles rapportées (verset 3). Dès lors, la lumière et les ténèbres, qui sont appelées jour et nuit, font référence à quelque chose de bien plus profond dans la Création que le phénomène que nos yeux voient. La lumière n'est pas simplement une co-production de l'énergie solaire. Au contraire, elle est le principe d'intelligibilité dans la structure de la Création. La lumière que Dieu appelle à l'être au début de la Genèse est cette structure interne d'intelligibilité pour laquelle l'esprit de l'humain, en temps utile, sera créé pour la découvrir et l'investiguer. L'investigation de la lumière par l'homme est appelée philosophie, de même que son investigation de la Parole de Dieu est appelée théologie.

Dans la narration biblique de la Création, il est remarquable de noter que le jour originel de la Création n'est pas appelé "le premier jour." Il est plutôt appelé "jour un" (yom 'ehad). Bien que cette différence d'expression en Genèse 1,5 s'est montrée trop subtile pour virtuellement toutes les traductions bibliques en langues modernes, sa signification a fait qu'elle soit conservée dans les anciennes versions, telles que la Septante (hemera mia) et la Vulgate (dies unus). De plus, la différence d'expression ("jour un" au lieu de "premier jour") a été l'objet de discussions explicites dans quasiment tous les anciens commentaires sur Genèse 1,5, qu'ils soient du Judaïsme (p.ex. Philon et Rashi) ou Chrétiens (p. ex. Basile le Grand ou Augustin d'Hippone). Hélas, la différence semble excessivement subtile pour les esprits modernes qui abordent le premier chapitre de la Genèse comme s'il s'agissait de textes d'astrophysique.

De plus, dans ces commentaires anciens et classiques sur ce texte biblique, nous trouvons l'affirmation commune que les mots "jour un" servent à élever ce jour de Création à quelque chose de plus que simplement être partie d'une séquence. Il y a une raison profonde pour laquelle le jour originel de Création est appelé "un" de manière appropriée, alors que le second jour n'est pas appelé "deux" de manière appropriée, ni le troisième jour "trois", et ainsi de suite. Le jour original est "un" d'une manière analogue au nombre lui-même. "Un" n'est pas simplement le nombre qui précède deux; c'est plutôt le nombre d'où sort le second nombre. Il y a une disparité formelle entre un et les autres nombres. Un ("to hen" en grec) est la source déterminant l'identité du deux et des nombres subséquents. "Un" n'est pas juste "premier" en tant que partie d'une séquence; il est ce que nous appelons un principe ("en archè"). Dès lors, au "jour un", Dieu crée la lumière, que dès lors Il sépare des ténèbres. C'est hors de cette lumière, qui est le produit de la première Parole créatrice de Dieu, que tout le restant de la Création provient. Toutes choses que Dieu fait sont remplies avec Sa lumière. La lumière de Dieu est là à briller au coeur du monde.
Genèse 2 : "Ainsi furent achevés les cieux, la terre et tout ce qu'ils renferment. Dieu, qui avait terminé le septième jour l'oeuvre qu'il avait faite, se reposa de son labeur. Il bénit le septième jour et le consacra, parce qu'en ce jour-là il s'était reposé de tout l'ouvrage de la création. Telle est l'histoire de la création des cieux et de la terre. Au temps où le Seigneur Dieu fit la terre et les cieux, il n'existait encore sur terre aucun arbuste des champs, aucune herbe des champs n'avait encore germé, car le Seigneur Dieu n'avait pas fait pleuvoir sur la terre, et l'homme n'était point là pour cultiver le sol; mais de la terre montait un flot qui en arrosait toute la surface. Le Seigneur Dieu forma l'homme avec la poussière du sol, et il lui insuffla dans les narines un souffle de vie, et l'homme devint un être vivant. Puis le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l'orient, et il y plaça l'homme qu'il avait formé. Le Seigneur Dieu fit surgir du sol toutes sortes d'arbres à l'aspect agréable et aux fruits comestibles, et l'arbre de vie au milieu du jardin, avec l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et se divisait ensuite en quatre bras. Le nom du premier est Phison; c'est le fleuve qui entoure tout le pays d'Havila, où l'on trouve de l'or. (L'or de ce pays est pur; on y trouve aussi de l'ambre et de la pierre d'onyx.) Le nom du second fleuve est Gihon : c'est celui qui entoure tout le pays de Chus. Le nom du troisième est le Tigre : c'est celui qui coule à l'orient de l'Assyrie. Le quatrième fleuve est l'Euphrate. Le Seigneur Dieu prit donc l'homme et le plaça dans le jardin d'Éden pour le cultiver et le garder. Il lui donna cet ordre : "Tu peux manger du fruit de tous les arbres du jardin; mais le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n'en mangeras pas, car du jour où tu en mangerais, tu mourrais certainement." Le Seigneur Dieu dit : "Il n'est pas bon que l'homme soit seul; je vais lui procurer une aide qui lui soit assortie." Alors le Seigneur Dieu, qui avait façonné de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux des cieux, les amena vers l'homme, pour voir comment il les appellerait; tout être vivant devait ainsi porter le nom que l'homme lui donnerait. L'homme imposa des noms à toutes les bêtes, à tous les oiseaux des cieux et à tous les animaux des champs; mais pour lui, il ne se trouva pas d'aide qui lui fût assortie. Alors le Seigneur Dieu fit descendre une torpeur sur l'homme, qui s'endormit; il lui prit une côte, à la place de laquelle il referma la chair. De cette côte qu'il avait enlevée à l'homme, le Seigneur Dieu fit une femme, qu'il amena près de l'homme. "Voilà maintenant, dit l'homme, l'os de mes os et la chair de ma chair. Elle sera appelée femme, car elle a été prise de l'homme." C'est pourquoi l'homme quitte son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et ils ne font plus qu'une chair. L'homme et la femme étaient nus, tous deux, sans en ressentir de honte."

Même pour le lecteur de la Bible le plus simpliste qui soit, il est évident qu'il y a 2 récits de la Création dans les 2 premiers chapitres de la Genèse. Tous deux sont des interprétations théologiques du fait de la Création; pour être plus précis, ce sont des interprétations théologiques différentes, analogues aux différences que nous trouvons entre les 4 Évangiles canoniques. Genèse 1 traite de la Création ex nihilo, hors du néant; c'est à dire qu'il n'y a pas de matière pré-existante avec laquelle Dieu aurait créé. Le mot hébreux pour désigner cette Création est "barah." En étendant la Création sur 6 jours, suivis du repos du Shabbat, l'auteur inspiré structure la semaine juive avec la structure du temps lui-même. Il voit l'homme comme étant le produit final et le sommet de la Création.

Dans ce second récit de la Création, au deuxième chapitre, tout se déroule bien plus vite. Bien que l'homme y soit présenté comme endormi, la nuit n'est jamais mentionnée. Ici Dieu est dit "former" (yasar), donner forme; c'est le mot que l'on
utilise normalement pour parler du travail de la céramique. En effet, l'homme est formé de la glaise du sol, de la boue, comme le travail du potier auquel plus tard Jérémie le comparera. Dans ce chapitre de la Genèse, les plantes et les animaux ne sont pas créés avant que l'homme n'aie été créé. L'homme est créé afin de prendre soin des plantes (versets 7-15), alors que les animaux sont créés pour être les compagnons des hommes (versets 18-20). Le terme même "homme" est le mot générique hébreux pour désigner l'être humain, "adam", qui a rapport à l'adamah, ou "sol" dont il provient [glèbe].

Cependant, ce premier être humain est un mâle. (Soit dit en passant, le mot pour "être humain" dans tous les langages est invariablement au masculin; par exemple, ha'adam en hébreux, ho anthropos en grec, 'nôshô' en syriaque, al-insan en arabe, chelovyek en russe, der mensch en allemand, de man en néerlandais, zmogùs en lithuanien, njerí en albanais, man en anglais, homo en latin, de même que ses multiples dérivatifs en italien, espagnol, portugais, roumain et français. Et ainsi de suite. Ce sont tous des substantifs masculins. A contraire de la suffisance contemporaine qui prétend le contraire, il n'existe pas de substantif non-sexué, sexuellement neutre, pour l'être humain. Alors que le sexe d'un être humain réel est soit mâle ou femelle, le genre du substantif le désignant est invariablement masculin. Hélas, cette distinction tend à se perdre chez ceux qui, confondant grammaire et biologie, en viennent à confondre genre et sexe.)

C'est de ce premier homme, Adam, que la première femme est formée. Plus précisément, c'est de la partie de l'homme la plus proche de son coeur, de l'endroit où la femme elle-même vit, dans le côté de l'homme. Mais elle vient d'au dedans de lui; lorsqu'Adam la voit, il la reconnaît comme sienne "os de mes os, chair de ma chair." Elle est, pour ainsi dire, une partie de lui. L'attractivité sexuelle entre hommes et femmes, aux yeux de la Bible, est métaphysique, en rapport avec un besoin essentiel de plénitude intérieure (verset 24).

Jésus rappellera plus tard cette vérité, en faisant la base de Son interdiction du divorce (Marc 10,8-9; 1 Corinthiens 6,16-17; Ephésiens 5,31-32). Elle sert aussi comme argument biblique contre l'activité sexuelle hors du mariage entre un homme et une femme. Toute activité sexuelle qui n'implique pas un homme et une femme, mariés l'un à l'autre, se trouve en dehors de la structure morale propre à la sexualité humaine elle-même. C'est une des applications majeures de la transcendance de l'homme sur l'animal.
Genèse 3 : "Le serpent était rusé plus que tous les animaux des champs qu'avait faits le Seigneur Dieu. Il dit à la femme : "Dieu vous a-t-il vraiment défendu de manger d'aucun arbre du jardin?" La femme lui répondit : "Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez point, vous n'y toucherez point, de peur de mourir." - "Non, reprit le serpent, vous ne mourrez pas; mais Dieu sait bien que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal." La femme, voyant que le fruit de l'arbre était bon à manger, appétissant d'aspect, et précieux pour ouvrir l'intelligence, en prit, en goûta et en présenta aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s'ouvrirent; ils virent qu'ils étaient nus, assemblèrent des feuilles de figuier, et s'en firent des ceintures. Ils entendirent le bruit du Seigneur Dieu, qui passait dans le jardin à la brise du soir. L'homme et sa femme se dissimulèrent aux regards du Seigneur Dieu, parmi les bosquets du jardin. Mais le Seigneur Dieu appela l'homme : "Où es-tu?" dit-il. Il répondit : "Je t'ai entendu passer dans le jardin; j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché." Le Seigneur Dieu dit : "Qui t'a révélé que tu étais nu? Aurais-tu mangé du fruit de l'arbre dont je t'avais interdit de goûter?" L'homme répondit : "La femme que tu as mise auprès de moi m'a présenté de ce fruit, et j'en ai mangé." Le Seigneur Dieu dit à la femme : "Pourquoi as-tu fait cela?" - "Le serpent m'a trompée, répondit-elle, et j'ai mangé de ce fruit." Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : "Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tous les animaux et les bêtes des champs. Tu ramperas sur ton ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Entre toi et la femme je mettrai la haine, entre ton lignage et le sien. Celui-ci te blessera à la tête, et toi tu le blesseras au talon." Puis, s'adressant à la femme : "J'aggraverai les souffrances de ta grossesse, dit-il; tu enfanteras dans la douleur. Cependant tes désirs se porteront vers ton mari, et il dominera sur toi." Il dit ensuite à l'homme : "Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé du fruit de l'arbre dont je t'avais défendu de goûter, maudit soit le sol à cause de toi. C'est au prix d'un travail pénible que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie. Il te produira des épines et des chardons, et tu mangeras de l'herbe des champs. C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras le pain, jusqu'à ce que tu retournes à la terre dont tu as été tiré; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière." Adam donna à sa femme le nom d'Ève, parce qu'elle a été la mère de tous les vivants. Le Seigneur Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau, dont il les revêtit. Le Seigneur Dieu dit : "Voici l'homme devenu comme l'un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Maintenant prenons garde qu'il n'étende la main et ne prenne aussi du fruit de l'arbre de vie, qu'il n'en mange et ne vive éternellement." Le Seigneur Dieu l'expulsa du jardin d'Éden, pour qu'il cultivât la terre, d'où il avait été tiré. Après avoir chassé l'homme, il posta à l'orient du jardin d'Éden les chérubins armés d'un glaive à lame flamboyante, pour garder le chemin de l'arbre de vie."
Nous remarquons plusieurs choses à propos de la Chute. D'abord, Adam et Eve prennent conscience d'eux-mêmes en tant que nus, exposés. Ils ne sont plus à l'aise avec eux-mêmes (verset 7). Ils se cachent de Dieu (verset 8). Ensuite, lorsque Dieu questionne Adam, ce dernier rejette aussitôt la faute sur sa femme, et indirectement sur Dieu Lui-même, qui avait donné cette femme à Adam (versets 11-12). Eve, de son côté, rejette la faute sur le serpent (verset 12). Alors Dieu les maudit tous trois, dans l'ordre inverse : d'abord le serpent (versets 14-15), puis Eve (verset 16), et Adam pour finir (versets 17-19).

Cependant, quand bien même Dieu chasse Adam et Eve hors du Jardin, Il leur fournit un meilleur vêtement (verset 21). Ceci est important. Le péché de l'homme a créé le problème de la nudité, et dès lors, la solution du vêtement, telle qu'ici décrite en Genèse 3. Néanmoins, dans le livre final de la Bible, lorsque le péché de l'homme aura été vaincu en tous points, nous ne voyons pas la race humaine retourner à la nudité de son état primitif, d'avant la Chute. Ce nouvel homme est revêtu du Christ. Dans le Livre de l'Apocalypse, nous sommes décrits comme portant des tuniques blanches de gloire. C'est à dire que la grâce fait plus qu'inverser les effets du péché; elle transforme les effets du péché. Notre nouvelle innocence en Christ ne doit pas être identifiée comme étant simplement l'ancienne innocence d'Adam. L'effet du péché n'est pas simplement enlevé; il est assumé dans une bien plus ample transformation.

Au fur et à mesure que nous allons parcourir la Genèse et le restant de la Sainte Écriture, nous allons rencontrer d'autres exemples de cette mystérieuse transformation de certaines expériences humaines, en particulier de formes culturelles, qui sont associées avec la Chute en leur origine, ou au moins dans leurs plus ancienne expression historique. C'est à dire que la nouvelle vie en Christ comporte Sa reprise en main avec remodelage entier de certains éléments de vie qui ne faisaient pas partie de l'état originel de l'homme, l'état d'innocence. Alors qu'Il vainc le péché, Dieu ne défait pas simplement ou renverse les effets de la Chute de l'homme. Au contraire, Il assume ces mêmes effets, en particuliers les effets culturels, dans une plus large expression de l'ascension de l'homme.

La race humaine a chuté au chapitre 3. L'homme s'apprête à tomber encore plus bas au chapitre 4.

Le p. Patrick Reardon est le pasteur de l'église orthodoxe Antiochienne de Tous les Saints à Chicago, Illinois (USA), et éditeur principal de Touchstone : a Journal of Mere Christianity. Il est aussi l'auteur de "Christ in the Psalms" et "Christ in His Saints" (ces 2 livres étant publiés par Conciliar Press).

Adam & Eve
Poitiers, Notre-Dame-la-Grande

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