"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

06 février 2007

Pourquoi devrais-je confesser mes péchés à un prêtre? (p. John Dresko)

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(paroisse Saint-Savva, Patriarcat de Serbie, Bruxelles)

Le Grand Carême approche. C'est le temps pour ce que le prêtre Alexander Schmemann (de bienheureuse mémoire) appelait la "radieuse tristesse." C'est un temps, par dessus tout, pour la réflexion et un mouvement de retour vers Dieu.

Littéralement, pécher, c'est se tromper [1]. Ne pas se trouver là où nous devrions être. Là où nous devrions être, mais ne sommes pas, c'est dans la communion de Dieu. Dès lors, pour des raisons pratiques, le péché est séparation d'avec Dieu. Et, par définition, la séparation de Dieu, c'est la mort – parce que la vie ne sait exister que là où Dieu est présent.

Le Grand Carême, c'est le temps pendant lequel nous essayons de renverser les effets du péché dans nos vies. Depuis que le péché est entré dans le monde avec la toute première personne créée par Dieu, nous sommes des "consommateurs", nous remplissant nous-mêmes avec de tout. Nourriture, propriétés, richesse matérielle, aventures sexuelles, des substances diverses et variées (pas seulement des drogues mais aussi l'alcool, etc), toutes ces choses-là sont devenus simplement des "moyens" pour satisfaire nos envies. Durant le Grand Carême, nous jeûnons afin de restaurer une bonne compréhension et balance entre nos désirs et les nécessités de base, auxquelles Dieu pourvoit. La nourriture n'est pas repoussée parce qu'elle serait mauvaise, mais uniquement parce que nous n'avons besoin que de peu. La nourriture est remise à sa juste place.

La prière, tant personnelle que collective, est aussi importante durant le temps du Carême. La faim qui grandit avec notre jeûne devrait être transformée par la prière en faim non pas pour de la nourriture, mais pour Dieu Lui-même, Qui est le Pain de Vie et la Source de Sainteté. Jeûner sans prier, c'est comme l'homme qui avait l'esprit impur et en avait été purifié, mais avait laissé son coeur vide, de sorte que l'esprit qui l'avait autrefois possédé revint, mais accompagné de SEPT AUTRES esprits impurs (cfr Luc 11,24-26).

Mais l'aspect le plus personnel et le plus difficile de notre effort, c'est le voyage vers le Sacrement de Confession. La confession de nos péchés est quelque chose de basique et nécessaire. Mais dans la Tradition Orthodoxe, la confession a toujours été face à face – un cheminement ardu!

Nombre de gens hors de notre Foi demandent pourquoi nous ne confessions pas tout simplement nos péchés en privé "directement à Dieu" [2]. La réponse est très simple – Dieu "connaît" déjà tout à propos de nos péchés. La confession est un don de Dieu qui nous permet non seulement de confesser nos péchés, mais de recevoir l'assurance du pardon de Dieu et la guidance spirituelle dont nous avons besoin pour nous aider à surmonter ces péchés.

La confession est un processus en 3 étapes. Tout d'abord, nous devons reconnaître nos péchés. Au fur et à mesure que nous grandirons en sainteté, nous verrons mieux et avec plus de réalisme à quel point notre vie est vraiment pervertie, à quel point nous nous sommes vraiment éloignés de Dieu. Ensuite, nous devons vraiment regretter nos péchés et un des tests les plus vrais de notre affliction, c'est la capacité à confesser nos péchés en présence d'un autre être humain. Nous pouvons être si orgueilleux que nous refusons de confesser nos péchés parce que nous sommes inquiets de ce qu'un autre pourrait penser de nous [3]. Pour finir, une fois que notre orgueil a été surmonté et le péché confessé, nous devons essayer de nous en repentir, de vaincre le péché et de mener une vie vraiment non-pécheresse. Bien sûr, l'effort est dans la lutte, car en réalité nous ne savons pas éviter les actes de péché. Mais pourquoi devrions-nous nous confesser au prêtre?

1. Comme nous l'avons dit, le péché est séparation. En premier lieu, le péché nous sépare de Dieu. Le péché nous empêche d'être ce que Dieu a voulu que nous soyons. La communion avec Dieu qui avait été donnée au premier jour de la Création est rompue par le péché, et la vie éternelle ne peut être accordée que si cette fracture est guérie.

La confession au prêtre surmonte et guéri cela, parce que le prêtre est la présence sacramentelle du Christ dans l'Église. Lorsque quelqu'un se confesse auprès du prêtre, il se confesse à Dieu Lui-même, et par cela guérit la fracture qui est survenue du fait de son péché. Notre relation appropriée et voulue avec Dieu est restaurée lorsque nous nous confessons auprès du prêtre.

2. Le péché nous sépare de l'Église. Lorsque nous élevons le pain consacré de la patène juste avant la Communion, le prêtre dit "Les choses saintes aux saints." Nul n'est sans péché lorsque nous recevons les saints Dons, mais lorsque nous dépassons nos "péchés quotidiens" ou que nous en accumulons tant que notre âme en est alourdie, nous devons les confesser pour restaurer notre relation avec l'Église. Notre communion avec l'Église est rompue par le péché, et la guérison ne sait avoir lieu que lorsque nous apportons notre péché au Chef de l'Église – Qui est le Christ (cfr Ephésiens 1,22). Le prêtre est la présence sacramentelle du Christ dans l'Église, et pour rétablir notre unité avec l'Église, nous devons nous confesser auprès de lui.

3. Le péché nous sépare les uns des autres. Nulle part l'absence de communion entre nous et Dieu, qui survient du fait du péché, n'est mieux vue que dans la manière dont nous en devenons étrangers les uns aux autres. Le péché détruit ma relation avec "autrui", et le Christ Lui-même dit que nous ne pouvons connaître et aimer Dieu que lorsque nous nous connaissons et aimons les uns les autres. Tant de nos péchés relèvent de l'égocentrisme, où nous ne nous rejetons pas nous-mêmes, mais bien autrui.

Nous devons confesser nos péchés et nous en repentir pour restaurer notre relation avec "l'autre." Dans l'Église ancienne, c'était fait très simplement – vous vous teniez au milieu de la communauté dans l'église, et vous confessiez ouvertement vos péchés, guérissant dès lors votre relation à autrui [4]. Lorsque survinrent les problèmes avec ce système, le prêtre commença à prendre la place de la communauté. Dès lors, nous confessons aussi nos péchés auprès du prêtre parce qu'il est un homme, créé et faillible comme n'importe qui d'autre – se tenant à la place de n'importe qui d'autre.

Quand ces trois "guérisons" ont eu lieu – entre moi et Dieu, entre moi et l'Église, entre moi et tout un chacun – alors la véritable guérison commence, avec le long combat pour surmonter nos péchés et pour "devenir parfait comme votre Père
céleste est parfait" (cfr Matthieu 5,48).
Orthodox New England, Mars 1995
Prêtre John Dresko








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Notes (strictement personnelles!) du traducteur
[1] : concernant la notion de "péché", voir l'importante remarque de vocabulaire sur cette autre page, à la suite du texte du p. Thomas Hopko :
stmaterne.blogspot.com/2007/02/p-thomas-hopko-la-purification-de.html

[2] Rajoutons que tout comme le saint roi et prophète David le fit, le Chrétien Orthodoxe se confesse AUSSI à Dieu, en plus de la confession sacramentelle - et David confessa aussi son péché en présence de Nathan, le prêtre et prophète...
L'un n'empêche pas l'autre, mais la confession "privée" n'est pas équivalente à la première. Il est humainement plus facile de dire ses péchés "face à un mur" que de les dire à Dieu en présence d'un frère qui est au service de la communauté, qui représente quelque part la communauté. C'est plus facile qu'en présence du prêtre, puisque c'est de lui qu'il s'agit. Prêtre qui vient pour m'aider à m'en sortir en me restaurant spirituellement par le Sacrement, remède spirituel suprême. Quand on refuse la confession sacramentelle, c'est aussi de cela qu'on se prive : du remède donné par Dieu, et donné par Dieu exclusivement au sein de Son Église, puisque c'est ainsi qu'Il l'a voulu - cfr Jean 20,23 et c'est donné uniquement aux Apôtres.
Et que dire aussi, quand le prêtre pratique la guidance spirituelle, et donc propose un remède spirituel à mon mal? Car ce remède-là, comme toute intervention chirurgicale, est souvent spirituellement douloureux. Quelle double privation quand on rejette ainsi le chemin de l'Église du Christ!

[3] La partie "guidance spirituelle" est importante, mais pas capitale dans ce contexte-là. D'ailleurs, nombre de prêtres ne la pratiquent pas; et certains sont institués par leur évêque comme "prêtres confesseurs", spécialement à cet effet, comme c'était récemment le cas pour p. Ioannis, un prêtre que je connais à Chypre.

L'humilité d'oser se confesser en présence du prêtre est déjà victoire. Le fait que le prêtre ne parlerait pas ou mal notre langue ne devrait pas entrer en ligne de compte, sauf pour la guidance, mais encore une fois, même si c'est mieux, même si ça devrait être le cas pour vaincre certains problèmes ecclésiaux, cette question linguistique est secondaire. Le Chrétien est censé avoir un "ami de l'âme", "père spirituel", "père confesseur", "pnevmatikon", qui n'est pas nécessairement prêtre, d'autant qu'il peut s'agir d'une femme de sainte vie. Pensez à sainte Samthana, sainte Gertrude de Nivelles ou sainte Brigitte de Kildare!

[4] Dans la vie de saint Jean de Cronstadt, on constate ce type de confession publique. Mais il est vrai que les gens avaient en face d'eux une "montagne de sainteté", qui était capable de les porter toutes et tous aux pieds du Christ, eux les présents physiquement, et tous ceux qu'il portait encore en plus dans sa prière "élargie à la taille de l'Église toute entière!" Ca n'est pas donné à tout le monde..

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Groupes de discussion : fido.belg.fra.religion, fr.soc.religion
groups.google.be/group/fido.belg.fra.religion/msg/4b0f439ae6a47bf5
De : "Régis-Vasili Gronoff"
Date : Fri, 09 Feb 2007 02:21:03 +0100
Local : Ven 9 fév 2007 02:21
Objet : Re: Pourquoi devrais-je confesser mes péchés à un prêtre?

jmd a écrit :

> Pourquoi devrais-je confesser mes péchés à un prêtre? par le p. John Dresko, Orthodox
> Church of America

> http://stmaterne.blogspot.com/2007/02/pourquoi-devrais-je-confesser-m...

La confession est souvent la plus grande occasion de vivre ensemble
l'amour de Dieu et l'amour du prochain et de vivre en nous la révélation
du Dieu-homme.

Pour trouver un bon confesseur (ou simplement pour demander que notre
prêtre habituel soit habité par la grâce d'ôter réellement nos péchés et
de nous donner des conseils réellement inspirés) et pour recevoir
l'esprit d'humilité qui conduit à une bonne confession, l'intercession
de St Séraphim de Sarov est souvent très efficace.

La confession à Dieu seul n'est pas une hérésie, mais encore faut-il
avoir déjà reçu l'expérience personnelle de la grâce divine et savoir en
reconnaître les signes - ainsi que ceux de son absence ou de son
apparent recul. C'est pourquoi la voie normale du Chrétien est la
confession à un prêtre ou un ancien, la confession directe devant être
réservée à des situations particulières: choix de vie solitaire pour un
moine, impossibilité concrète d'aller à l'église, etc.

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"A l'image et à la ressemblance de Dieu, difficile à vivre"
Une homélie de Carême de saint Colomban de Luxeuil :

stmaterne.blogspot.com/2006/12/limage-et-la-ressemblance-de-dieu.html


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