"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

25 février 2007

Quadragésime Orthodoxe (EORHF) – le Pardon

icone de Notre-Dame de Walsingham (Our Lady of Walsingham), sanctuaire de l'Angleterre OrthodoxeA (re)lire, les très importantes notes introductives et remarques explicatives, voir Septuagésime Orthodoxe + le Calendrier de Rite Occidental EORHF + l'explicatif sur ces dimanches de "-gésime" dans la tradition orthodoxe occidentale.

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Matines :
Psaumes 6 & 7
Genèse 18
Hébreux 6

Prière de "collecte" pour Quadragésime / Carême 1
O Seigneur, Qui as jeûné quarante jours et quarante nuits par amour pour nous. Fais-nous la grâce de vivre dans une telle abstinence que, notre corps étant soumis par l'Esprit, nous suivions toujours Tes saintes inspirations dans la justice et dans la vraie sainteté; pour T’honorer et Te glorifier, par Jésus-Christ notre Seigneur, Qui vit et règne avec Toi et le Saint-Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles.

Liturgie :
2 Co 6,1-10
Saint Matthieu 7,1-11

HOMÉLIE DU DIMANCHE DE QUADRAGÉSIME (CARÊME 1) : LE PARDON

D'une homélie du métropolite Anthoine de Sourozh (+ 04/08/2003), prononcée le 16 mars 1986.
Nous passons à présent de ce "pays étranger" – en référence au Psaume 136, "sur les rives de Babylone" – pour entrer dans la terre de gloire, pour y rencontrer le Dieu Vivant, en tant qu'enfants de Son Royaume. Pour nous, le bâtiment de l'église est à présent un reflet de notre situation : nous nous tenons dans la semi-pénombre, et nous voyons la Glorieuse Lumière de Dieu, Sa propre demeure – l'Autel – remplie de la Lumière de Gloire.
Nous savons que le Christ a apporté la Lumière dans le monde, qu'Il est la Lumière, et que nous sommes enfants de la Lumière. A présent, nous nous empressons de quitter les ténèbres pour entrer dans la semi-obscurité, et de cette semi-obscurité dans la radieuse gloire de la Lumière divine Incréée. Au cours de tout voyage, quand nous venons de quitter un endroit familier, nous sommes encore remplis d'impressions familières, de souvenirs, de sentiments. Ensuite, progressivement, tout cela commence à s'estomper, jusqu'à qu'il n'en reste plus rien si ce n'est notre fixation pour aller de l'avant vers notre but. C'est pourquoi (dans le Rite Oriental) on lit le Canon pénitentiel de saint André de Crête durant la première semaine du Grand Carême. Pour la dernière fois, nous faisons retour sur nous-mêmes, pour la dernière fois, nous secouons la poussière de nos pieds, pour la dernière fois, nous nous rappelons les erreurs commises durant les années écoulées.
Avant d'approcher du Triomphe de l'Orthodoxie, une occasion au cours de laquelle nous nous souvenons que Dieu fut victorieux, qu'Il est venu et a apporté la vérité au monde, et la vie, et la vie en abondance (Jean 10,10), de même que la joie et l'amour – nous nous tournons une dernière fois vers nous-mêmes et demandons pardon les uns aux autres : libère-moi des liens que mon indignité a façonnés, ces liens qui m'enchaînent; de ces chaînes qui sont faites d'actes pécheurs et d'indifférence pécheresse, et de que nous avons fait aux autres, et de ce que nous aurions dû leur faire mais n'avons pas fait, de choses qui auraient pu apporter une joie, un espoir, et qui auraient pu montrer que nous étions dignes de la confiance que Dieu nous accorde.
Dès lors, au cours de cette semaine qui s'ouvre, réfléchissons une dernière fois sur nous-mêmes, regardons-nous les uns les autres, et réconcilions-nous les uns avec les autres. La paix et la réconciliation ne signifient pas que nos problèmes ont cessé d'exister. Le Christ est venu dans le monde afin de réconcilier le monde avec Lui, et en Lui, avec Dieu, et nous savons à quel prix Il l'a fait : impuissant, blessé, sans défense, Il S'est livré à nous, disant : faites ce que vous voulez, et lorsque vous aurez accompli le mal ultime, vous verrez que Mon amour était inébranlable, qu'il était là en temps de joie et en temps d'intense peine, mais qu'il demeurait, toujours, amour.
Tel est l'exemple que nous pouvons, et que nous devons suivre, si nous voulons être au Christ. Le pardon commence au moment où nous nous disons mutuellement : je sais à quel point tu es fragile, à quel point tu m'as blessé, et parce que je suis blessé, parce que je suis une victime – parfois une victime coupable, parfois une victime innocente – je me tourne vers Dieu et des profondeurs de ma peine et de ma souffrance et de ma honte, et parfois de mon désespoir, je peux dire au Seigneur : "O Seigneur, pardonne-lui, il ne sait pas ce qu'il fait! Si seulement il avait su à quel point ses mots m'ont blessé, si seulement il avait su à quel point il a amené la destruction en ma vie, il ne l'aurait pas fait. Mais il est aveugle, il se conduit comme un enfant, il est fragile; cependant, je l'accepte et l'accueille, je vais le porter comme le bon berger porte la brebis perdue, car nous sommes tous les brebis perdues du troupeau du Christ." Ou je vais le(s) porter comme le Christ a porté la Croix : même jusqu'à la mort, jusqu'à l'amour crucifié, là où nous recevons le pouvoir de tout pardonner, parce que nous avons accepté de pardonner absolument tout ce qui pourrait nous être fait.
Dès lors, entrons dans le Grand Carême comme des gens qui quittent la pleine obscurité pour entrer dans la semi-pénombre, et de la pénombre dans la lumière, avec joie et lumière en nos coeurs, ayant secoué la poussière de nos pieds, détachant et rejetant tous les liens qui nous tiennent sous leur emprise : l'emprise de l'avidité et de la gourmandise, l'envie, la terreur, la peur, l'incompréhension mutuelle, l'égocentrisme – car nous vivons emprisonnés par nous-mêmes, alors que Dieu nous a appelés à être libres.
Alors nous verrons que pas à pas, nous effectuons comme une sorte de traversée d'une grande mer, des rives de la profonde ténèbre et de la pénombre jusqu'à la Lumière Divine. En chemin, nous rencontrerons la Crucifixion. Et à la fin du voyage, le jour arrivera, et nous seront face à l'Amour Divin dans sa tragique perfection, avant qu'il ne nous prenne avec une gloire et une joie inexprimables. D'abord la Passion, d'abord la Croix – ensuite le miracle de la Résurrection. Nous devons entrer dans l'un et dans l'autre – ensemble avec le Christ, nous devons entrer dans Sa Passion, et avec Lui, entrer dans le grand repos et dans la radieuse lumière de la Résurrection.
Quant à moi, je vous demande pardon pour tout ce que j'aurais dû faire mais que je n'ai pas fait, pour le fait que j'accomplis les choses de manière désordonnée, et pour tant et tant de choses qui auraient dû être faites mais restent inachevées.
Mais soutenons-nous les uns les autres dans ce parcours de pardon et d'amour mutuel, et souvenons-nous que sur le difficile chemin, en un moment critique, bien souvent, il arrive que de quelqu'un dont on n'attendait rien de bon, quelqu'un que nous avions considéré comme étranger voire même ennemi, nous tend la main. Parfois (une telle personne) voit notre besoin, et y répond. Dès lors, ouvrons nos coeurs et nos yeux, et soyons prêts à voir et à répondre.
Approchons-nous d'abord de l'Icône du Christ, notre Dieu et notre Sauveur, Qui a payé le lourd prix pour le pouvoir de pardonner. Tournons-nous vers la Mère de Dieu, qui nous a donné son Fils unique pour notre Salut. Si elle a pu pardonner, comment pourrions-nous nous interdire de pardonner? Alors tournons-nous les uns vers les autres. Et pendant que nous nous avançons, écoutons déjà non pas un chant pénitentiel; que ce soit comme si nous entendions de loin l'arrivée de l'hymne de la Résurrection, (l'hymne) qui va résonner de plus en plus fort à mi-parcours de ce voyage, lorsque viendra le temps de se prosterner devant la Croix, et ensuite, remplira l'église et le monde entier en la nuit où Christ ressuscita, victorieux, avec Sa Lumière.
Amen.
+ Anthony de Sourozh

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De l'homéliaire du Hiéromoine Michael, abbé du monastère Saint-Petroc, pour le sacramentaire-pontifical Saint-Colman, usage autorisé dans les paroisses de Rite Orthodoxe Occidental au sein de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières (EORHF)






Hiéromoine Michael (à gauche)


Photo prise lors d'un pèlerinage avec mgr Kirill de San Francisco,
aux reliques de sainte Werburgh
Source photos : paroisse Sainte Elisabeth et sainte Werburgh, EORHF, Birkenhead, Cheshire, GB
http://newmartyr.org.uk/


Note du traducteur : Concernant Quadragésime, on pourra éventuellement se reporter à l'explicatif "grégorien" de Dom Guéranger, osb, mais dans ce cas il est bon de lire au préalable l'importante remarque concernant cette source-là en bas du texte sur saint Antoine le Grand

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