"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

18 mars 2007

Dimanche de Laetare Orthodoxe (Carême IV EORHF Rite Occidental)

Matines
Psaume 118,145-176
Ecclésiastique 27,33-28,11
Hébreux 12

Liturgie
INTROÏT / OFFICE: LAETARE JERUSALEM (Isaïe 66,10; Psaume 121,1)
Réjouissez-vous avec Jérusalem et trouvez-y votre joie * vous tous qui l'aimez, soyez comblés d'allégresse avec elle. Quelle joie, lorsqu'on est venu me dire * Nous allons monter à la maison du Seigneur.(cliquez sur l'image pour voir une grande version)

Épître : Galates 4,21-31
Évangile : saint Jean 6,1-14
Ensuite Jésus passa de l'autre côté de la mer de Galilée. Une grande foule Le suivait, parce qu'elle voyait les miracles qu'Il opérait sur les malades. Jésus gravit une colline, et là, S'assit avec Ses disciples. La Pâque, la fête des Juifs, était proche. Levant alors les yeux et voyant une grande foule venir à Lui, Jésus dit à Philippe: "Où achèterons-nous du pain pour que tous ces gens aient à manger?" Il disait cela pour l'éprouver, car Il savait bien ce qu'Il allait faire. Philippe Lui répondit: "200 deniers de pain ne suffiraient pas à donner un morceau à chacun." Un de Ses disciples, André, frère de Simon-Pierre, Lui dit: "Il y a ici un petit garçon qui a 5 pains d'orge et 2 poissons... mais qu'est-ce que cela pour tant de monde?" Jésus dit: "Faites-les asseoir." Il y avait beaucoup d'herbe à cet endroit. Ils s'assirent au nombre d'environ 5.000 hommes. Jésus prit les pains, rendit grâce, et les fit distribuer aux convives; de même pour les poissons. Il leur en donna tant qu'ils en voulurent. Lorsqu'ils furent rassasiés, Il dit à Ses disciples: "Ramassez les morceaux qui restent, afin que rien ne se perde." Ils les ramassèrent; et des morceaux qui étaient restés du repas des 5 pains d'orge, ils remplirent 12 corbeilles. À la vue de ce miracle que Jésus avait fait, les gens disaient: "C'est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde."

HOMÉLIE DU DIMANCHE DE CARÊME 4

Ce dimanche, "dimanche de la mi-Carême", est depuis très longtemps appelé "Laetare", en référence à l'introït de la Divine Liturgie, dont c'est le premier mot en latin "Laetare Hierusalem", "Réjouissez-vous avec Jérusalem", Isaïe 66,10.
En anglais, il s'appelle "Refreshment Sunday", ou "Dimanche de la Restauration", restauration prise dans le sens de "repas" – probablement vu de l'Évangile du jour et ce repas donné à 5.000 personnes, voire vu l'accentuation dans l'Office des Vêpres, dont la première lecture, dans la Genèse, est la restauration des frères de Joseph (qui est à bien des égards un "type" annonçant notre Seigneur bien-aimé).
Le thème général des diverses parties de la Liturgie de ce jour est quelque part celui de l'allégement de cette tonalité sombre prévalant durant le Carême. La "Mi-Carême" de l'Église de France, le "réjouissez-vous" de notre Office, la "joie" et la "paix" du Graduel, la "confiance" du Tractus, le "réconfort" de la première prière de Collecte et le "louez" de l'Offertoire semblent tous détoner face au thème qui domine durant le Carême. La "Jérusalem libre" qui s'échappe des liens du Sinaï, dans l'Épître et dans la fête au désert dans l'Évangile, de même que les diverses autres parties de la Liturgie, toutes montrent le chemin du miracle qui se manifeste ce dimanche, révélant notre Seigneur comme restaurant matériellement les hommes par l'action de Sa Providence, et mystiquement comme étant Celui Qui les restaure spirituellement.
Ce repas donné aux 5.000 comporte divers niveaux de compréhension, niveaux que nous pouvons explorer et dont nous pouvons tirer diverses leçons. En premier lieu, il doit être pris dans le contexte de la Pâque, comme un accomplissement des prophéties faites dans l'Ancien Testament au sujet du Messie, et en particulier dans ce contexte Vétéro-Testamentaire, il doit être mis en relation avec l'alimentation des Enfants d'Israël par la manne céleste dans le désert du Sinaï. Ensuite, au verset 11, il a un accent très fort, celui de l'Eucharistie.
Mais regardons d'abord cet aspect de nourrir les hommes. D'un point de vue littéral, le miracle était prodigieux et bien approprié pour montrer que la Providence du Dieu Créateur de tout, était bien capable de prendre soin de ceux qu'Il aime. Soit dit en passant, il a été calculé que les 200 deniers de pain mentionnés par saint Philippe comme insuffisants équivalaient, au prix de base habituel dans l'Empire Romain, quelque 2.000 pains de 250g – ressemblant d'ailleurs aux pittas modernes du Moyen Orient. Considérant que saint Matthieu (14,21) signale qu'il y avait "aux alentours de 5.000 hommes, sans compter les femmes et les enfants", on peut extrapoler que cela signifie qu'il devait donc y avoir entre 8 et 10.000 personnes à nourrir. Philippe avait dès lors bien raison en disant que la quantité de pain qu'ils obtiendraient, ces 2.000 miches de pain, ce serait insuffisant pour près de 10.000 personnes n'ayant rien mangé de la journée. D'où l'incroyable acte qu'est cette alimentation donnée à ces milliers de gens à partir de 5 pains d'orge et de 2 petits poissons. La puissance littérale, matérielle, de Dieu pour faire ce qu'Il veut pour ceux qu'Il aime est bien démontrée à ce niveau d'analyse du miracle.
La signification mystique du miracle se voit aux divers actes rapportés au 11ème verset, et sont certainement d'un caractère distinctement Eucharistique: Les pains sont dans les mains de Jésus, en oblation, et Il se tourne, les offre à Dieu le Père. Jésus rend grâce – en grec, "evkharistein" -> eucharistie! - pour les pains avant de les remettre aux Apôtres pour commencer la distribution. Cette "eucharistisation" de ces pains leur a donné des capacités qu'ils n'avaient pas auparavant. Il les donne à Ses ministres comme à des personnes recevant de Lui des dons au bénéfice d'autres. C'est par l'intervention de ces ministres, non pas par une distribution directe de Jésus à la multitude, que le peuple reçoit le pain "eucharistié", par lequel sa faim est apaisée.
L'instruction finale donnée par Jésus, de rassembler les restants afin que rien ne se perde, met l'accent sur le caractère de type eucharistique. C'est le "type" [cfr typologie; ndt] de la tâche de l'Église, qui nous est exposé pendant l'affliction du Grand Carême, affliction dûe à notre incapacité à accomplir ce qui nous est demandé de faire. Tant le jeûne que l'abondance sont à la commande du Seigneur.

Hiéromoine Michael,

abbé du monastère Saint-Petroc

extrait du sacramentaire-pontifical Saint-Colman, usage autorisé dans les paroisses de Rite Orthodoxe Occidental au sein de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières (EORHF)

Dans ce Sacramentaire-Pontifical, le p. Michael nous donne aussi ces 2 textes à méditer ce dimanche:

PENSÉES DES ANCIENS

Ancien Philotheos, du monastere Thapsana, Paros"Sans l'humilité, la repentance ne vaut rien. Nous devons être humbles, car nous sommes pécheurs, et devons nous repentir sincèrement. Notre repentance doit s'accompagner d'humilité, sinon elle ne nous sera d'aucun bénéfice. Dès lors, nous devons nous repentir de manière valable, comme la prostituée, comme sainte Marie l'Egyptienne, comme sainte Pélagie, comme le publicain, comme le bon larron, et comme tant d'autres anciens pécheurs : alors Dieu nous guérira corps et âme. Car ça ne sert à rien que le corps, qui mourra demain ou le jour d'après, soit guérit, et pas l'âme, elle qui est éternelle. Si l'âme est guérie et s'en va préparée, elle sera accompagnée des Anges de lumière et ira au Ciel. Là elle entendra la voix bénie du Seigneur : "Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du Royaume qui vous est destiné depuis la création du monde" (Matt. 25,34)".
De l'Homélie au sujet de la Confession, par l'Ancien Philotheos, du monastère Thapsana, Paros


"Lorsqu'un Chrétien parvient à la pureté du coeur, alors il accomplit tous les Commandements du Seigneur, et alors "il voit Dieu", c'est-à-dire, il contemple clairement en son coeur les oeuvres du Saint Esprit, par lequel il est illuminé, pour devenir un guide inébranlable pour les autres. Et il comprend les paroles cachées des Divines Ecritures, et la nature non seulement des choses, mais aussi la nature de la vérité; et conséquemment, il parvient à la perspicacité, la clairvoyance et juste jugement, par lesquels viennent les oeuvres de révélation Divine et les miracles.
Ancien Daniel de Katounakia, Mont Athos.
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En la fête (ce 18 mars) de saint Killian, abbé-évêque et martyr, Apôtre de la Morinie (Flandre côtière) et de la Franconie (Allemagne)Kilian Dom (église), Würzburg, Allemagne - statue moderne de saint Killian sur son bateau, arrivant d'Irlande

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Le hasard des calendriers fait que nous avons entendu ce jour les mêmes lectures & Introït, tiens...

Bien le bonjour à toute la petite famille de nous tous, et grosses caresses à Elvis de la part d'Olivier. ;-)