"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

03 avril 2007

Dynamis/Mardi Saint: Le Dieu Majestueux (Ez. 1,21-2,1)

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prophète Ezéchiel, école de Tver, 15ème siècle
source

Grand et Saint Mardi, 3 avril 2007 – Semaine Sainte - Jeûne
Joseph l'Hymnographe
Sexte: Ezéchiel 1,21-2,1
"Quand ils avançaient, elles avançaient; quand ils s'arrêtaient, elles s'arrêtaient; s'élevaient-ils de terre, les roues également s'élevaient; car l'esprit de ces êtres vivants était aussi dans les roues. Dominant la tête de ces êtres, il y avait quelque chose qui ressemblait à une voûte limpide comme le cristal, tendue au-dessus de leurs têtes. Sous cette voûte leurs ailes étaient déployées jusqu'à se toucher, chacun en ayant (toutefois) deux qui lui couvraient le corps. J'entendais, tandis qu'ils allaient, le bruit de leurs ailes, pareil au bruit des grandes eaux, à la voix du Tout-Puissant, un tumulte semblable à celui d'un camp. Lorsqu'ils s'arrêtaient, ils repliaient leurs ailes. Et il y avait un tumulte au-dessus de la voûte qui dominait leurs têtes. Au-dessus de cette voûte, il y avait, semblable à une pierre de saphir, une sorte de trône; et tout en haut de cette sorte de trône, une apparence d'homme. Je vis qu'elle avait l'éclat du vermeil, comme si elle baignait dans le feu depuis ce qui paraissait être ses reins et au-dessus, tandis qu'au dessous, je vis comme du feu qui répandait son éclat en tous sens. Tel l'arc qui apparaît dans la nuée en un jour de pluie, telle était la splendeur qui l'environnait. Cette vision, c'était l'image de la Gloire du Seigneur. À cette vue, je tombai la face contre terre, et j'entendis une voix qui parlait: 'Fils d'homme, me disait-elle, debout, que je te parle!"

1ères Vêpres: Exode 2,5-10
2èmes Vêpres: Job 1,13-22

Le Dieu Majestueux: Ezéchiel 1,21-2,1 LXX, en particulier les versets 1,28-2,1: "À cette vue, je tombai la face contre terre, et j'entendis une voix qui parlait: 'Fils d'homme, me disait-elle, debout, que je te parle!" Nous continuons avec le récit de la vision qu'Ezéchiel reçut tandis qu'il se trouvait "parmi les déportés" (Ez. 1,1). La partie que nous avons lue lors du Lundi Saint attirait l'attention sur le radieux Trône que Dieu avait manifesté à Ezéchiel. Aujourd'hui, le récit du prophète tourne autour de la Personne du Seigneur Dieu, quand il incorpore la description des "4 êtres vivants" ou "Chérubins" (v. 1,5-21) dans une esquisse du portrait de Dieu entrôné dans la Majesté céleste.

En lecteurs attentifs, cherchons à saisir l'entièreté de cette vision répartie sur 2 lectures liturgiques (v. 4-26). Les cieux s'ouvrent à Ezéchiel à travers une nuée (v. 4). Le prophète voit les 4 étincelants Chérubins, créatures vivants qui volent à l'entour du grand Trône de Dieu (v. 5-14). Le Trône lui-même se trouve sur une immense étendue d'un incroyable cristal (v. 22-26), une surface semblable au pavement décrit dans le Livre de l'Exode (24,9) ou la mer de cristal de l'Apocalypse (4,6). Les fameuses "roues" se meuvent harmonieusement de concert avec les Chérubins (Ez. 1,15-21). Le Trône est un char royal, par lequel nous comprenons que Dieu va partout librement.

Certaines vérités à propos de Dieu émergent de cette impressionnante imagerie. Il est "partout présent" et accompagné par les armées angéliques (v. 21). Il est Tout-Puissant, inspirant la terreur dans Sa Majesté (v. 21). Nous sommes en face d'une vision de Dieu dans la splendeur. Dès lors, comme nous l'avons fait hier, considérons comment nous pourrions relier cette vision à la Passion du Seigneur Jésus. Souvenons-nous, l'Église lit les récit de cette vision immédiatement avant de lire un des récits de la Passion – pour nous aider à comprendre que nous sommes en face du même et unique Dieu. Seule la ténèbre mortelle qui s'abat sur le coeur des hommes obscurcit notre vision (Rom. 1,21). Un point de vue impie sur la vie aveugle les hommes et les femmes de notre époque, de sorte qu'ils ne parviennent certainement pas à apercevoir Dieu en l'homme brisé sur la Croix, et malgré cela, Il est Ce même Qui siège sur le Trône de saphir (Ez. 1,26). Car "le langage que parle la croix est une folie pour ceux qui vont à leur perte, tandis que pour ceux qui sont sauvés, pour nous, c'est une puissance de Dieu" (1 Co. 1,18). Comme l'exprime la Liturgie, "La Création toute entière, ô Christ, a été bouleversée de crainte en Te voyant suspendu à la Croix." Bien-aimés, crions à Celui Qui a volontairement enduré la Croix : "O Seigneur, gloire à Toi!"

La vision du prophète nous enseigne aussi à voir la puissance dans la Croix, une puissance inimaginable venant de la source de la Puissance – de Dieu Lui-même. Quelle glorieuse ironie y-a-t'il dans la Passion! Le frêle Dieu-homme se tient devant Pilate. Il paraît n'être que la victime de forces écrasantes. Réalisons bien que de telles forces de ténèbres cherchent encore et toujours à effrayer les hommes de nos jours. Alors nommons-les pour les désarmer : ce sont les puissances démoniaques qui sont à l'oeuvre à travers les entités politiques, sociales et physiques. Ils s'unissent "contre le Seigneur et contre Son Christ" (Ps. 2,2 LXX), mais "Celui Qui habite dans les cieux S'en rira, le Seigneur S'en moquera" (Ps. 2,4 LXX). Celui Qui est entouré "... du feu qui répandait son éclat en tous sens.." (Ez. 1,27) "les corrigera avec une tige d'acier" (Ps. 2,8 LXX).

Pour finir, le personnage d'Ezéchiel prosterné devant "la gloire du Seigneur" nous incite à nous faire humbles devant le Saint Seigneur Jésus. "Venez, adorons-Le et prosternons-nous devant Lui" (Ps. 94,6 LXX). Quand arrive le soir du Mardi Saint, approchons-nous de l'Icône de la Croix et embrassons les pieds du Tout-Puissant sur Son Trône majestueux. N'est-Il pas occupé à nous parler, nous ordonnant "Fils d'homme, debout, que Je te parle" (Ez. 2,1)?

Quand Tu viendras, O Dieu, sur terre, dans la gloire, et avec le fleuve s'écoulant devant l'Autel, délivre-moi alors de ce feu inextinguible et rend-moi digne de me tenir à Ta droite.

En la fête de sainte Fare (Burgondofare), abbesse de Faremoutiers, un des innombrables précieux fruits de la ré-évangélisation des Gaules par saint Colomban.


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