"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

20 avril 2007

Les Doigts de Dieu




15 avril 2007 - Bulletin 24, Volume XLIV


"Tu es descendu jusqu’au plus profond de la terre,
Tu as brisé, ô Christ, les verrous éternels
qui retenaient les captifs
et comme Jonas sortant de la baleine,
Tu es ressuscité du tombeau le troisième jour."
Hirmos 6 du Canon de Pâques


Ils ne sont pas nombreux les Occidentaux qui n'ont pas vu au moins une reproduction de la célèbre scène peinte dans la chapelle Sixtine au Vatican (État du Vatican, à côté de Rome, ndt), où le Créateur Tout-Puissant se glisse puissamment vers l'être humain affalé, s'éveillant à peine, au corps presqu'incapable de se redresser sur un coude, l'autre coude appuyé sur un genou replié, et qui va ressentir un choc puissant parcourant tout son corps par le fait de l'attouchement de son index hésitant par le Père Céleste. Michel-Ange peignait et sculptait toujours des personnages humains d'aspect costaud, des spécimens musclés de notre espèce; cependant, nous ne pouvons manquer de remarquer par la posture de l'homme nouvellement créé une sorte de léthargie, qui ne provient pas de l'épuisement – il n'avait pas encore eu à subsister à la sueur de son front – mais plutôt comme s'il venait à peine de naître. Quelles sont différentes, les représentations sur les Icônes du premier et du second Adam!


Ils sont trop peu nombreux, ceux qui ont vu l'Icône de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ appelée "Remontée de l'Hadès." Ici, le jeune Dieu-Homme est présenté dans un contraste saisissant par rapport au grand Père de Michel-Ange, alors qu'Il accomplit la mission sur terre pour retrouver l'Adam déchu et restaurer l'harmonie cosmique que le Père et le Fils ensemble avec le Saint Esprit avaient planifié longtemps avant que l'univers ne vienne à l'existence.

Cette fois, il n'y a plus un simple toucher. Le vieil Adam est aussi affaibli et courbé qu'on l'attend pour quelqu'un de son âge – dans un contraste radical avec ce premier homme costaud représenté sur le plafond de la Sixtine. Le Fils de Dieu n'avait pas de temps à perdre en accomplissant Sa mission. C'est l'invasion de l'antre triste et sinistre des morts, car la mort n'avait nulle place dans le maître-plan original de la Sainte Trinité. Il agrippe le poignet flasque d'Adam en Sa puissante main, cette main droite bénie marquée désormais des marques des clous de Son agonie sur la Croix, le signe montrant ce que les enfants d'Adam pensaient de Lui. Il plongea dans l'Hadès tel un aigle plongeant sur sa proie, arrachant le couple des origines en même temps que toute leur postérité condamnée à languir dans l'affligeant lieu de tristes ténèbres.

Le premier couple et sa progéniture n'a en rien contribué à sa libération. Ils étaient incapables de collaborer à leur libération, ne sachant rien faire d'autre qu'ardemment désirer être libérés.

Ève apparaît aussi dans les peintures de la Sixtine et l'Icône Orthodoxe de la descente du Christ dans l'Hadès, l'accomplissement du plan de Dieu pour le Salut de l'humanité. Sur la peinture du vatican, on la discerne à peine, soigneusement cachée derrière le coude gauche de Dieu, regardant avec curiosité et appréhension vers ce qui va devenir sa vie sur terre avec son futur époux. Michel-Ange l'a peinte si joliment qu'au premier regard, elle a l'air d'être un des anges. Quelle différence avec l'Icône. Là, elle est une vieille femme couverte d'un lourd manteau. Même ses mains, autrefois si avides à attraper et cueillir le fruit défendu, sont à présent recouvertes de tissus. Elle a perdu l'aplomb qu'elle montre dans une multitude de scènes de l'Eden que l'on voit dans tant de peintures, aussi bien dans des églises occidentales qu'orientales.

L'Icône de la Descente du Christ dans l'Hadès saisit l'entière signification du but de la venue de notre Seigneur sur terre. Elle parle de notre Rédemption, c'est l'explication de la parabole du Bon Pasteur Qui laisse 99 brebis pour aller au-delà de la Voie Lactée pour venir à la recherche de la brebis perdue, et qui fait tout ce qu'il faut pour la placer sur Ses saintes épaules et la ramener à l'enclos du Maître. Pensez aux paroles de saint Paul:
"Quoiqu'Il fût de condition divine, Il ne S'est pas prévalu de Son égalité avec Dieu; mais Il S'est anéanti Lui-même en prenant la condition d'esclave et Se faisant pareil aux hommes. Et quand Il eut revêtu l'aspect d'un homme, Il S'est encore abaissé Lui-même en Se rendant obéissant jusqu'à la mort, la mort de la Croix. Aussi, Dieu L'a-t-Il souverainement exalté et Lui a-t-Il conféré le Nom qui est au-dessus de tout Nom" (Philippiens 2,6).

Archiprêtre Vladimir Berzonsky (OCA)

http://www.oca.org/DIRlisting.asp









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