"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

03 avril 2007

Mardi Saint: Dieu ne nous jugera pas sur ce que nous donnons, mais sur ce que nous gardons

... c'est ce que nous enseigne saint Ambroise, le grand évêque de Milan.
La dernière semaine du Grand Carême, nous enseigne saint Jean Chrysostome, est une semaine où le Chrétien Orthodoxe accentue son effort, son ascèse, mais aussi sa charité matérielle.

Je vais un peu me pencher et m'épancher sur ce sujet qui me tient à coeur, et vous demande à l'avance pardon pour certaines digressions, dont je suis hélas coutumier.

En 2004, grâce à la voracité de nos populations, voulant toujours plus de produits d'importation à bas prix, le Tsunami qui a frappé dans l'Océan Indien a fait des ravages inouïs. Les scientifiques ont largement démontré que l'arrachage de la mangrove pour faire place à de l'aquaculture - dont les produits n'étaient destinés qu'à l'Occident – était intégralement responsable de l'étendue des dégâts. Et comme ce sont bel et bien des sociétés "bien comme il faut" et "de chez nous" qui ont organisé ces implantations et réalisent les commercialisations, ce n'est certes pas jouer à une "culpabilisation du méchant Blanc" de mauvais aloi que de pointer du doigt vers les ignobles responsables objectifs de ce massacre. Ignobles, responsables, coupables, et qui n'ont bien entendu pas réparé les dégâts. Et qui les poursuivent ailleurs, voyez vos dépliants de supermarchés et les origines de nombre de produits ... – Vietnam, Thaïlande, Lac Victoria - voir le film "Le cauchemar de Darwin", si éloquent et pas "altermondialiste" à bon marché, car j'ai vu l'Afrique de l'Est sur le terrain et la crasse qu'on y commet encore et toujours pour se faire du fric, sans se soucier du restant), etc. Ce monde est un monde déchu, il ne faut rien en / y attendre de bon.

Pour revenir au Tsunami, grâce ou à cause de la présence de nombreux touristes Occidentaux, attirés par les bas tarifs des vacances exotiques (voire des "vacances sexuelles", voyez les récentes chroniques judiciaires de Belgique), les media se sont bien vite intéressés au sort des populations locales, les cadavres occidentaux étant mêlés à ceux des nombreux autochtones décédés. Heureusement, car de ce fait, nous avons toutes et tous été mis au courant de l'étendue du désastre humanitaro-écologique. De ce fait, l'aide a pu être mise en route.

Plusieurs grandes organisations internationales ont drainé l'essentiel des dons. Qu'on soit pour ou contre, peu importe, ils ont une organisation logistique qui permettait un déploiement rapide pour l'aide jusque dans les coins les plus reculés. A l'époque, il ne fallait pas faire la fine bouche, mais aller vite. Pour éviter les pandémies, genre peste et choléra, qui se répandent toujours dans ces cas-là. Le métropolite Panteleimon, de l'Église Orthodoxe Grecque, archevêché de Belgique, n'a pas hésité à adresser à l'époque un courrier à lire dans toutes ses paroisses, invitant les fidèles à soutenir l'effort massif en versants leurs dons à "Caritas", une des organisations charitables hétérodoxes présentes chez nous. Il a bien entendu très bien fait.

Entre-temps, la terre tournait, et d'autres problèmes surgissaient ou continuaient ailleurs - Darfour, Irak, Congo, Palestine, Afghanistan, Somalie, etc. Comme par exemple cette mini-catastrophe qui frappa un coin perdu et misérable du Pérou, où un de nos monastères a une mission - création d'un dispensaire dans un bidonville, orphelinat, développement de culture vivrière, etc. Impossible de faire passer le message médiatiquement, d'autant que là-bas, la gestion étant faite par des fidèles de l'Église du Christ, aucune chance que les media ne s'y intéressent, au contraire. Et puis, surtout, c'est loin, et pas le moindre touriste Occidental impliqué, donc... Ne riez pas, c'est ainsi.
On a quand même réussi à intéresser quelques paroisses. Je pense qu'ils ont obtenu le nécessaire. Le pire dans cette histoire, c'est que les besoins financiers étaient infiniment moindres, les coûts pour reconstruire bien plus faibles. Mais les victimes aussi victimes au Pérou qu'ailleurs. Danger de la médiatisation à outrance pour un problème. Si une infime partie des dons pour le Tsunami avait été portée sur ce coin-là, ça aurait été si rapide et facile à tout remettre en état.

Prenant exemple sur l'appel du métropolite, vu l'urgence au Congo Kin', et vu que les grosses organisations utilisent une part trop importante des dons pour leur fonctionnement propre (et la publicité!!), je me permet de vous inviter, si vous le voulez bien, à regarder favorablement l'association sans but lucratif "Simba Mosala". Je connais personnellement Lysiane, la courageuse dame qui chapeaute le tout. Le moindre "kopek" que vous y donnerez, il servira à aider là-bas, pas à faire fonctionner une limousine ici. Les activités qu'ils organisent, c'est pour essayer de récolter un peu ici afin de donner beaucoup là-bas. Ca peut sembler anodin, un "souper congolais", mais quand on voit ce que ça demande comme énergie et don de soi... alors que si tout un chacun voulait bien simplement dire "bon, autant par mois ne me servent vraiment pas, ou je peux me passer de ceci, qui est superflu..." Puisse la transfiguration que nous avons à vivre à Pâques nous aider à y parvenir... Voici leur site :


Et comme le monastère Orthodoxe de Pervijze (B) continue son admirable oeuvre au Pérou, j'ose aussi vous inviter à voir si l'autre "kopek" restant dans votre poche ne se sentirait pas mieux "là-bas" (pages FR & NL) – un "kopek", après tout, "c'est pas'l'Pérou", mais là-bas, on sait faire beaucoup plus avec ça qu'ici.

Certains pourraient (se) me demander pourquoi je veux à tout prix parler d'aider le "lointain prochain", alors qu'il y a du "proche prochain" dans le pétrin? Tout d'abord, votre "lointain" de demain pourrait aussi être votre "proche" de demain – et pas seulement parce que lui viendrait ici, ventre creux, mais parce que vous ne savez pas si Dieu ne va pas simplement vouloir que vous alliez, vous, vivre "là-bas"... Demandez à saint Columba d'Iona ou saint Amand, ils vous expliqueront bien mieux que moi!
Ensuite, si je parle de ces 2 entraides-là, c'est parce qu'elles me plaisent dans leurs buts et méthodes, voilà tout.
Et enfin, pour le "proche", il suffit de se renseigner auprès de sa paroisse, il y a quantité d'actions d'entraide locale. Et parfois juste le voisin... ou l'insupportable cousin.. (remplacez ce dernier mot par le nom quelqu'un de la famille qui vous "sanctifie particulièrement en vous obligeant à faire preuve de patience angélique" :-)

Saint Grégoire le Grand, Regula pastoralis (Règle Pastorale)
Règle pastorale, III, 9
"La vertu même qui est la mère et la gardienne de toutes les autres, la charité, se perd à cause du vice de l’impatience. Car il est écrit : La charité est patiente (1 Co 13,4). Sans la patience, la charité n’est pas. Par le vice de l’impatience la science même, nourricière des vertus, se délite. Car il est écrit : La science d’un homme se reconnaît à sa patience (Prov. 19,11). Dès lors, plus un homme se révèle impatient, moins il se montre docte. Car on ne peut véritablement dispenser le bien en enseignant si l’on ne sait pas en vivant supporter d’une âme égale le mal en autrui."

La justice sociale, le beurre et l'argent du beurre, ou comment les multinationales échappent "légalement" à la redistribution des richesses. Légalement puisqu'elles tiennent le système législatif en bonnes mains, et font donc promulguer ce qui les arrange, elles. On ne souscrira pas nécessairement à tout le document, mais l'explicatif du "comment" vaut lecture. Supprimer ces horreurs permettrait de réduire grandement l'injustice sociale chez nous. Qui a dit c'est du "gauchisme", ou du "communisme"? N'importe quoi! Les saints prophètes Jérémie, Amos ou Isaïe n'ont pas cessé de vociférer le même genre de propos, qui sont des exigences du Seigneur! L'activisme social n'a rien à voir avec la vie du vrai Chrétien, mais la passivité non plus. La prière qui porte fruit rejaillit nécessairement dans le souci de l'autre, de tout autre. De son bien-être spirituel comme matériel.
http://www.icftu.org/www/pdf/taxbreak/tax_break_FR.pdf



"Les mains d'or"
Je n'apprécie pas vraiment le chanteur Bernard Lavilliers, son style musical comme ses paroles habituelles, du moins celles habituellement entendues à la radio. Mais concernant les problèmes sociaux actuels en Occident, je trouve qu'il exprime bien dans cette chanson-là le désastre matériel qu'ils provoquent, le gâchis humain que l'avidité de pognon provoque. On regrettera seulement le vide spirituel, béant, de toutes ces chansons "sociales", puisqu'en réalité, tout problème a une solution spirituelle en premier, mais ils ne le savent pas.
http://www.paroles.net/chansons/17857.htm

Et puis il y a les magasins qui regorgent de tout sauf de vie et qui invitent à tout sauf à la Vie. S'il vous faut acheter "quelque chose pour Pâques" – qui est pourtant LA FÊTE des fêtes et n'a pas à être salie par le mercantilisme, de grâce pas même dans notre esprit, d'où ça ne manquera pas de polluer notre âme – mais bon, s'il faut absolument avoir "quelque chose", parce qu'on est invité chez des connaissances ou dans la famille "où on ne veut pas vous entendre avec vos bondieuseries dont on n'a que faire", j'oserais une suggestion pour offrir à ces pauvres qui se privent du Christ : le jeu de rôle "Tiersmondopoly". Il y a quelques années, j'ai acheté notre exemplaire chez "Oxfam", mais ça doit se trouver ailleurs. Les enfants qui y ont beaucoup joué (avec leurs parents) ne peuvent plus regarder la tasse de cacao ou la banane avec indifférence.. Ca et les autres jeux coopératifs, socialement parlant, ça crée un état d'esprit diamétralement opposé à la société dégénérée que le commerce voudrait nous voir adopter. Un bon début, un bon labours de conscience, pour qu'après puisse y germer...


"Faites de la pauvreté une histoire passée" dit la banderole
"et en prime, nous n'avons plus besoin de lancer un appel aux dons pour la toiture.."
source (utilisé avec autorisation expresse)
http://www.cartoonchurch.com/content/cc/make-poverty-history/



Pour dynamiser la société, dynamitez la pauvreté!

Prix Nobel : Combattre la pauvreté est essentiel
http://news.yahoo.com/s/ap/20061210/ap_on_re_eu/nobel_prizes

Par KARL RITTER, Associated Press

STOCKHOLM, Suède – L'économiste Bengladeshi Muhammad Yunus a accepté dimanche de recevoir le Prix Nobel de la Paix, disant qu'il espérait que la récompense inspirerait "des initiatives audacieuses" pour combattre la pauvreté et éradiquer les racines du terrorisme.
Yunus, 66 ans, partage sa récompense avec sa banque, la Grameen Bank, qui aide les gens à sortir de la pauvreté en leur accordant des micro-crédits – des prêts de faible montant, généralement non-couverts.
"Je crois fermement que nous pouvons débarrasser le monde de la pauvreté si nous y croyons collectivement," dit Yunus après avoir reçu son prix dans le City Hall, à Oslo, Norvège. "Le seul endroit où vous devriez pouvoir rencontrer la pauvreté, ça devrait être dans un musée de la pauvreté." [..]
Yunus dit que mettre un terme à la pauvreté était le meilleur moyen de combattre le terrorisme.
"Nous devons nous occuper des racines du terrorisme pour y mettre un terme définitif," dit-il. "Je crois qu'attribuer des ressources pour améliorer la vie des pauvres gens est une meilleure stratégie que de les dépenser en armements."
La Grameen Bank, fondée en 1983, a été le premier organisme de prêt à proposer des micro-crédits, accordant de très petits prêts à de pauvres Bengladeshis qui n'entraient pas dans les conditions pour les prêts des banques conventionnelles. Aucun garant n'est requis, et le remboursement est basé sur une déclaration sur l'honneur, avec un taux de remboursement de près de 100%.
Yunus dit que l'idée s'est répandue dans le monde, avec des systèmes similaires existant dans nombre de pays.
Revêtu de sa veste sans manche traditionnelle du Bengladesh, Yunus a accepté la moitié des 1,4 millions de dollars remis par le président du Comité du Nobel, Ole Danbolt Mjoes.
Mosammat Taslima Begum, membre du Conseil d'Administration de la banque, habillée de manière traditionnelle avec son sari rouge à châle vert, a accepté l'autre moitié de l'argent au nom de la Grameen Bank, disant qu'il serait intégralement consacré aux Bengladeshis.
[..]
*-*-*-*

Mosammat Taslima Begum et Muhammad Yunus, Nobel de la Paix 2006Mosammat Taslima Begum et Muhammad Yunus
photo CBS

Site du Prix Nobel:
http://www.nobelprize.org

Muhammad Yunus, qui a remporté le prix Nobel de la Paix, montre sa médaille et son diplôme, City Hall, Oslo, dimanche 10 décembre 2006. Yunus dit que le prix a donné de l'élan à son cher programme d'aide aux pauvres par le biais de petits prêts, lui apportant des flots de courriers électroniques et d'invitations à rencontrer des dirigeants de ce monde. (AP Photo/John McConnico)

En Belgique et dans d'autres pays occidentaux, une banque pratique le micro-crédit et garanti que l'argent de l'épargne ne sert que pour des buts sociaux, et jamais pour l'investissement dans l'armement. C'est la banque Triodos. Un certain nombre de paroisses & monastère Orthodoxes y ont d'ailleurs leur compte.
http://www.triodos.be/


Ce choix éthique aussi en matière financière, matérielle, ce n'est pas anodin. Les premiers Chrétiens - tous Orthodoxes! - se posaient la question de l'origine des choses, pour ne pas aider voire financer le mal en ce monde. Et les générations suivantes aussi. Et c'est bien dans l'esprit de l'Église, c'est bien inspiré par Dieu : à l'époque de l'infâme empereur Julien l'Apostat, le saint martyr Theodoros apparu à l'archevêque Eudoxios de Constantinople. Il l'avertit que pour souiller l'âme des Chrétiens, l'empereur avait fait répandre du sang de sacrifices d'idoles sur tous les aliments vendus au marché, durant la première semaine du Grand Carême. Theodoros leur proposa de se contenter de blé cuit, le désormais célèbre "kolyva", qui est aussi utilisé dans les commémorations de défunts. Exemple édifiant, qui invite à la vigilance même sur le plan matériel. Oui, la guerre invisible que le démon livre sans pitié à ce monde requiert des Chrétiens cette vigilance de tous les instants, comme nous le chantons à l'envi en ces trois jours "Veille donc, ô mon âme, à ne pas sombrer dans le sommeil!"


Autre suggestion que m'inspire un autre saint oriental, le martyr Phanourios : pour des petits cadeaux charitables et spirituels à la fois mais sans que le bénéficiaire ne le sache, pourquoi pas offrir des gâteaux de saint Phanourios?... Nous avons tous bien quelque chose de perdu à retrouver... Une âme d'enfant prêt à suivre le Christ les yeux fermés, par exemple..



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