"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

06 avril 2007

Vendredi Saint dans le Rite Orthodoxe Occidental (EORHF) - homélie sur la Semaine Sainte

reliquaire Armenien de la Sainte CroixMatines du Vendredi Saint :
Première lecture : Genèse 22,1-18
Évangile : le chapître 18 de saint Jean
Psaume 21
COLLECTE VENDREDI SAINT
Dieu Tout-Puissant, nous Te supplions de regarder favorablement cette famille qui est la Tienne, pour laquelle notre Seigneur Jésus-Christ a bien voulu être trahi, et livré entre les mains des bourreaux, pour souffrir la mort sur la Croix.
Lui Qui vit et règne avec Toi et avec le Saint-Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles.

HOMÉLIE SUR LA SEMAINE SAINTE

Flavius Josèphe, le Pharisien, prêtre du Temple et historien du 1er siècle après Jésus-Christ, écrit dans son Histoire que Jésus de Nazareth "était le Messie." Les Juifs attendaient 2 Messies – un davidique, un messie militaire, et un aaronique, un messie prêtre. Josèphe, en établissant ce constat, n'était pas occupé à faire une sorte de déclaration de foi, mais simplement il exprimait ce qui, pour lui, était un fait décevant de l'Histoire : que Jésus était, à ses yeux, le "Messie aaronique, prêtre", alors que pour lui, ce dont les Juifs avaient besoin en l'état, c'était le messie davidique, militaire.

Durant le Grand Carême, et en particulier la Semaine Sainte, nous nous lassons souvent de la répétition de tout le récit de la Crucifixion. Durant le restant de l'année, dans nos lectures privées, nous passons souvent outre. Car bien que l'on nous ait enseigné que sans cela, la rédemption de l'humanité n'aurait pu être accomplie, cela nous semble pourtant toujours être comme une défaite, une déception. Quelque part, tout comme Josèphe, nous voulons un "héros" triomphant bien visible. Un qui, s'il devait malgré tout être crucifié, se relèverait des morts pour aller au Sanhédrin et au Temple et donner à ceux qui l'ont condamné ce qu'ils méritent.

Nous devons cependant nous souvenir que non seulement le Christ Ressuscité était le Christ triomphant, mais qu'il n'y avait pas la moindre raison pour que ceux qui L'avaient rejeté et condamné se voient accorder l'honneur et la joie de la participation à Son triomphe de Résurrection. Il était dans Son Corps de gloire, corps ressuscité – les Apôtres eux-mêmes n'ont pas su Le reconnaître, sauf par Ses paroles et gestes, donc le Sanhédrin n'aurait pas pu L'accepter ressuscité plus qu'ils ne L'acceptaient à l'origine. Ceux qui connaissaient le Christ – entre 500 et 1.000 personnes – pouvaient Le reconnaître – les autres allaient avoir à dépendre d'eux pour la reconnaissance et le témoignage.

Oui, notre "héros" est humilié et ignominieusement tué, mais ensuite Il renverse les rôles avec ceux qui l'ont fait, parce que ce faisant, en réalité, ils avaient accompli Son plan. En plein accord avec les prophéties, Il descend dans l'Hadès et y prêchant, faisant sortir tous ceux qui L'y entendent et L'acceptent. Ca c'était un authentique triomphe.

Le Troisième Jour, Il apparu en premier aux Apôtres, et ensuite jusqu'à près de 500 des fidèles. Il les enseigna et Il mangea avec eux. C'était un authentique triomphe.

Ensuite, ces Apôtres et disciples répandirent rapidement l'Évangile du Salut à travers le monde, au delà de l'empire. C'était un authentique triomphe.

Guerres Juives, par Flavius JosepheJosèphe avait à la fois raison et tort. Il avait raison en ce que Jésus était en effet le Messie. Il avait tort en pensant que Jésus n'était que le Messie aaronique, parce qu'Il était en fait les deux à la fois – Il était aussi le Messie davidique. Le problème n'était pas dans un "échec" de Jésus, c'était dans la faillite de Josèphe à comprendre et à reconnaître ne fut-ce que les triomphes de la Résurrection : la défaite de satan et la sortie de l'Hadès de tant de personnes, la diffusion de l'Évangile dans tout l'empire – et ça malgré la force militaire de ce dernier – bref la combinaison des Messies aaronique et davidique.

Josèphe était aux premières loges pour découvrir et comprendre tout cela, parce qu'ayant fait partie de la révolte des Juifs et été capturé par les Romains, il était devenu avec le temps un des plus proches confidents de l'empereur Vespasien, et l'historien des Guerres Juives. Mais Josèphe permit à sa déception d'obscurcir son jugement. Il chercha après un autre messie humain – et le trouva en Vespasien.

Nous autres, durant la Semaine Sainte et tout au long de l'année, nous devons regarder au delà de l'apparence de défaite humaine qu'est la Crucifixion, pour voir le triomphe immédiat de la Résurrection et tout ce qu'il rend possible pour nous.


La concentration prolongée et exagérée sur l'agonie du Christ en Sa Crucifixion n'est pas Orthodoxe – c'est en fait la caractéristique de certains hérétiques. L'Orthodoxie ne nie pas l'agonie, ne la minimise pas, ni ne passe outre, mais elle la reconnaît pour ce qu'elle est : le moyen du triomphe du Christ et de la rédemption de l'humanité.

Quand ils sont tellement "magnétisés" par "l'agonie du Christ" sur la Croix, ceux qui s'accrochent eux-mêmes à cette pensée ne parviennent pas à comprendre les seules paroles prononcées depuis la Croix rapportées dans 2 Évangiles – Matthieu 27,46 et Marc 15,34 : Eloi, Eloi, lama sabachthani? - mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M'as-Tu abandonné? Ils oublient que ce sont les paroles qui ouvrent le Psaume 21:

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-Tu abandonné * Pourquoi restes-Tu loin, bien loin de mes gémissements?
Mon Dieu, je crie le jour, et Tu ne réponds pas * je crie la nuit, et il n'y a point de repos pour moi.
Tu habites pourtant dans Ton sanctuaire * Toi, la gloire d'Israël.

On ne nous rapporte pas si Jésus a continué avec l'entièreté du Psaume – mais tout Juif de cette époque le connaissait – ainsi que cela ne signifiait pas ce désespoir absolu qui sème la confusion dans l'esprit de certains Chrétiens qui pensent qu'il faut être "sola Scriptura" – mais en fait, c'est un récit prophétique de la Crucifixion et du triomphe qui en résulte, puisque cela continue :

une bande de malfaiteurs m'enserre * Ils ont percé mes mains et mes pieds,
je pourrais compter tous mes os * Ils me regardent et m'observent avec joie,
ils partagent entre eux mes vêtements * et tirent au sort ma tunique.
Mais Toi, Seigneur, ne reste pas éloigné * mon soutien, hâte-Toi de me venir en aide.
Arrache mon âme au glaive * et ma vie à la griffe des chiens.
Sauve-moi de la gueule du lion * délivre le malheureux que je suis, des cornes du buffle.
Je ferai connaître à mes frères la gloire de Ton Nom * je Te louerai au milieu de l'assemblée.

Et il s'achève par :

Car la royauté appartient au Seigneur * et Il domine sur les nations.
Tous ceux qui dorment dans le sein de la terre L'adoreront * tous ceux qui descendent dans la poussière se prosterneront devant Lui.
Et mon âme vivra pour Lui, ma postérité Le servira * elle parlera du Seigneur à la génération future,
et proclamera Sa justice au peuple qui va naître * 'Voilà tout ce qu'a fait le Seigneur'

La Crucifixion est la voie ouverte pour le plus merveilleux des espoirs pour nous. Elle nous donne une raison pour vivre une vie pleine d'une espérance authentique et réaliste. C'est la raison pour la défaite de la dépression et du désespoir – ils devraient être bannis dans la Lumière de la Semaine Sainte et de Pâques.

Les films à propos de la Crucifixion ont un impact profond sur les gens, mais il ne faudrait pas s'y arrêter, car la Résurrection a un impact bien plus profond. La solennité de la Semaine Sainte est appropriée, car en effet notre Seigneur a été humilié et traité comme un simple criminel – par amour pour nous – à cause de notre comportement. C'est un temps où nous devons vraiment nous rappeler de notre comportement et nous en repentir. La malsaine concentration sur les détails de la souffrance du Christ sur la Croix n'y aident pas. Durant cette période, nous avons besoin d'une réflexion sobre, formelle, sur nos propres manquements, et repenser à notre vécu. Ce n'est pas tant une question de "prendre des bonnes résolutions" que de décider de renforcer notre intention de nous ajuster plus et mieux sur la sainte volonté de Dieu, ce que nous ferons en étudiant plus attentivement les enseignements du Christ et leur exposition par les Pères de l'Église. Nous sommes appelés à une compréhension de notre Foi en profondeur.

A partir de la solennité de la Semaine Sainte, nous nous avançons vers l'attente du soir du Samedi Saint, et la joie sans bornes de la célébration de minuit, celle de la Résurrection du Christ, et l'espérance qu'elle nous donne pour en vivre.
Hiéromoine Michael,
abbé du monastère Saint-Petroc
extrait du sacramentaire-pontifical Saint-Colman, usage autorisé dans les paroisses de Rite Orthodoxe Occidental au sein de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières (EORHF)



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