"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

06 avril 2007

Vendredi Saint: Epitaphion & Synaxaire du Patriarcat de Jérusalem


Christ en Croix, art orthodoxe celtique, Sankt Gallen, codex 51, vers 750Sankt Gallen, codex 51, vers 750
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En ce jour, Saint et Grand Vendredi, nous célébrons la redoutable, sainte et salvatrice Passion de notre Seigneur et Dieu et Sauveur Jésus-Christ – les crachats, les coups avec une branche de palmier en main, les giffles, les moqueries, les mensonges, le port de la tunique de pourpre, le roseau, l'éponge, le vinaigre, les clous, la lance, et par dessus tout, la Crucifixion et la Mort qu'Il accepta d'endurer volontairement par amour pour nous – et aussi la confession salutaire du bandit se repentissant sur sa croix.

Après que notre Seigneur Jésus-Christ ait été vendu pour 30 pièces d'argent et trahi par un ami et disciple, Il fut déféré auprès du Grand Prêtre Anne. Ce dernier renvoya le Seigneur à Caïphe, où on Lui cracha dessus, se moqua et rit de Lui. Il les entendit Lui dire : "Fais le prophète, Christ! Dis-nous qui T'a frappé!" (Mt 26,68). Ensuite, nombre de faux témoins et accusateurs se présentèrent; peut-être parce qu'Il avait dit "détruisez ce temple, et Je le rebâtirai en 3 jours" (Jn 2,19), et parce qu'Il avait dit de Lui-même "Je suis le Fils de Dieu" (Mt 27,43), ou parce qu'Il avait dit "à présent, Je vous le dit, vous verrez le Fils de l'Homme assis à la droite de la Puissance et venir sur les nuées célestes" (Mt 26,64), à ce moment-là, le Grand Prêtre déchira son vêtement en disant "Il a blasphémé! Qu'avons-nous encore besoin de témoins? Vous aussi à présent vous avez entendu Son blasphème!" (Mt 26,65). Et lorsqu'arriva le matin, Jésus fut amené au Praetorium auprès de Pilate, et eux, "ils n'entrèrent pas", car disaient-ils, c'était "afin de ne pas être souillé et de pouvoir manger la Pâque" (Jn 18,28).

Ensuite, lorsque vint Pilate, il leur demanda pourquoi Jésus était là, disant "quelle accusation portez-vous contre cet Homme?" (Jn 18,29). Ne trouvant aucune raison valable dans l'accusation, il Le renvoya à Caïphe, puisque c'était ce dernier qui voulait obtenir l'exécution, et Caïphe Le renvoya à Pilate. Alors Pilate leur dit : "Prenez-Le vous, et jugez-Le vous-mêmes selon votre loi." Dès lors, les chefs des Juifs lui répondirent "Nous n'avons pas le droit de mettre quelqu'un à mort" (Jn 18,31). Ils dirent ceci afin que Pilate prononce la condamnation à mort par la croix. Pilate demanda alors à Jésus s'Il était le Roi des Juifs, et Jésus répondit "tu l'as dit", et ajouta que Son Royaume est éternel et pas de ce monde (Jn 18,36). Pilate souhaita relâcher Jésus, et dit alors tout d'abord à la foule qu'il ne trouvait pas de motif de condamnation contre Lui. Ensuite il rappela aux Juifs leur coutume de faire libérer un prisonnier de leur choix pour la fête de la Pâque. La foule nomma Barabbas le bandit comme choix et pas le Christ. Pilate tenta en vain d'apaiser la foule. Le faisant escorter par des soldats, il fit d'abord fouetter Jésus. Ensuite ils Le revêtirent d'un manteau de pourpre, les soldats tressèrent une couronne d'épines et l'enfoncèrent sur Sa très pure tête et placèrent en Sa main droite un roseau, comme si c'était un sceptre royal. A ce moment-là, les soldats Le méprisèrent bruyamment et firent une parodie de leur salut à César: "Salut, roi des Juifs" (Mt 27,29; Mc 15,18; Jn 19,3). De toute évidence, ces tourments et cette humiliation publique étaient pour tenter de calmer la foule, car Pilate montra qu'il agissait contre sa conscience, disant à nouveau "je ne trouve aucune faute en cet Homme" (Jn 18,38; Jn 19,6; Lc 23,4). Les chefs Juifs lui répondirent "nous avons une loi, et selon notre loi Il doit mourir, car Il S'est fait Fils de Dieu" (Jn 19,7).

Pendant ces échanges, Jésus demeura silencieux. Mais la foule cria à Pilate "Crucifies-Le, crucifies-Le!" (Jn 19,6). Ils voulaient Le détruire par une mort déshonorante et honteuse, afin de pouvoir détruire la noble réputation que Jésus avait. Pilate incita leur fierté ethnique et dit "Vais-je crucifier votre roi?" Les chefs des prêtres répondirent "nous n'avons qu'un seul roi, c'est César!" (Jn 19,15). Puisqu'ils ne parvenaient à leurs fins d'aucune autre manière, ils proférèrent ce blasphème, parce que Jésus S'appelait clairement Lui-même le Fils de Dieu, et ils voulaient que César prenne Sa place, de sorte que leur folie soit satisfaite. Dès lors ils ajoutèrent "quiconque se fait roi s'oppose à César" (Jn 19,12).

Pendant que ces événements se déroulaient, la femme de Pilate – Procula Claudia (fête le 27 octobre) lui envoya un messager disant qu'elle avait été troublée par un songe redoutable, et elle lui dit "Ne fais rien à ce Juste. Aujourd'hui, un songe qui Le concerne m'a beaucoup impressionnée" (Mt 27,19). Alors Pilate se lava les mains et rejeta clairement la responsabilité pour le sang de ce Juste. Mais le peuple s'écria "que Son sang retombe sur nous et sur nos enfants" (Mt 27,25). Si tu libère cet Homme, tu n'es pas l'ami de César" (Jn 19,12). Même si Pilate savait assurément que Jésus n'était pas coupable, il redoutait César, et dès lors il confirma la condamnation du Seigneur à la mort sur la Croix, et il relâcha Barabbas. Lorsque Judas apprit cela, il jeta les pièces d'argent et partit se pendre à un arbre.

Les soldats se moquèrent de Jésus, Lui frappèrent la tête avec un roseau et Lui placèrent la Croix à porter. Ensuite ils obligèrent Symon de Cyrène à porter la Croix. Vers la 3ème heure, ils parvinrent au lieu-dit du Crâne, et ils L'y crucifièrent. A Sa droite et gauche, ils crucifièrent 2 bandits, de sorte que Jésus apparaissent comme un malfaiteur. Par esprit de lucre, les soldats se partagèrent Ses vêtements, mais ils tirèrent au sort Sa tunique sans couture. Ils accomplirent tout cela avec beaucoup d'animosité, comme s'ils étaient saouls. Non seulement ils firent tout cela, mais de plus ils jouèrent aux ignorants, disant ironiquement à Jésus sur la Croix "Hé bien, Toi qui allais détruire le temple et le rebâtir en 3 jours, sauve-Toi Toi-même, et descend de la Croix!" (Mc 15,29-30). Et ils continuèrent "que le Christ, le Roi d'Israël, descende maintenant de la Croix, de sorte que nous voyons, et alors nous croirons" (Mc 15,32). Cependant, s'ils avaient un peu réfléchit et bien compris, ils auraient souhaité avoir recours à Lui sans hésiter, parce qu'Il avait prouvé non seulement être Roi d'Israël, mais même du monde entier.

Car pour quelle autre raison est-ce que le soleil allait s'obscurcir durant la Crucifixion au Christ à la 3ème heure, en plein jour, si ce n'était pour révéler la Passion du Seigneur à toute la terre? De même lorsque la terre trembla et que les rochers se brisèrent, est-ce que cela ne répondait pas à l'endurcissement des coeurs des chefs des prêtres? Et lorsque nombre de corps de morts se relevèrent pour témoigner de la résurrection générale, est-ce que cela n'a pas apporté une preuve que la puissance du Souffrant pourrait apparaître? Et encore, quand le voile du Temple se déchira de bas en haut, est-ce que cela ne signifiait pas que le temple était assurément en colère, parce que Celui Qui y était glorifié était dans les souffrances, tout cela révélant dès lors des choses qui n'étaient pas apparentes pour les multitudes? Dès lors, à la 3ème heure, le Christ fut crucifié, comme nous dit le divin Marc, "et depuis la 6ème heure jusqu'à la neuvième heure, les ténèbres couvrirent le pays entier" (Mc 15,33). Le centurion Longin (fête 16 octobre), voyant ces événements merveilleux et en particulier le soleil s'obscurcissant, déclara d'une voix forte : "Assurément, Celui-ci était le Fils de Dieu" (Mt 27,54; Mc 15,39). Des 2 bandits, un injuria Jésus, mais l'autre le lui reprocha, se faisant aussi de lourds reproches à lui-même, et confessa le Christ comme Fils de Dieu. Pour cette confession, le Sauveur récompensa sa foi et lui promit qu'il serait avec Lui en Paradis le jour même. Le "bon Larron" est commémoré le 12 octobre.

Quand ils eurent finit d'accabler le Seigneur Jésus de toutes les manières, Pilate rédigea Son titre, qui disait "Jésus de Nazareth, le roi des Juifs", et le fit placer sur la Croix (cfr Jn 19,19). Alors, le chef des prêtres dit à Pilate "n'écris pas 'le roi des Juifs' mais "cet homme a dit 'je suis le roi des Juifs'." Pilate répondit "ce que j'ai écrit, je l'ai écrit" (Jn 19,21-22). Et quand le Sauveur murmura "J'ai soif" (Jn 19,28), ils imbibèrent une éponge de vinaigre et la Lui donnèrent. Après avoir dit "tout est accompli" (Jn 19,30), Il inclina la tête et rendit l'esprit. Il fut crucifié le jour de la pleine lune et à l'heure où, d'après l'ancienne loi, l'agneau de Pâque devait être sacrifié (cfr. Exode 12). Alors que tous avaient fuit, Sa Mère seule resta à veiller au pied de la sainte Croix, avec sa soeur Marie, la femme de Clophas (certains prétendent que Joachim l'aurait prise en accord avec la loi Mosaïque parce que son frère Clophas était mort sans avoir d'enfant, mais cette affirmation est fausse), Marie-Madeleine et Jean, le disciple que Jésus aimait (cfr Jn 19,25). Ensuite, la foule ingrate, ne pouvant supporter de voir les corps sur les croix parce que c'était le grand jour de la Pâque, demanda à Pilate de faire briser les jambes des condamnés, afin que la mort survienne plus rapidement. Ils brisèrent les jambes des bandits en premier, puisqu'ils étaient toujours vivants, et, arrivant à Jésus, quand ils virent qu'Il était déjà mort, ils ne Lui brisèrent pas les jambes. Un des soldats, pour plaire aux ingrats, prit sa lance et perça le flanc droit du Christ, et aussitôt s'écoula un flot de sang et d'eau. D'un côté, l'écoulement était d'un homme, et de l'autre côté, c'était pour toute l'humanité; à savoir, le sang, pour la sainte Communion des éléments divins sanctifiés, et l'eau, pour le saint Baptême. En fait, cette fontaine double constitue le fondement de nos saints Mystères.

De plus, saint Jean le Théologien vit et témoigna de ces événements, et son témoignage est véridique, parce qu'il était présent lors de tous ces événements, et qu'après les avoir vus, il les a notés. Car s'ils étaient faux, c'est sûr qu'il ne les aurait pas écrits, car de telles choses auraient été au déshonneur du Maître. On rapporte que pendant qu'il était présent à cet endroit, il recueillit dans une sorte de coupe du Sang Divin et Tout Saint du Côté donateur de Vie. De plus, pendant que ces événements extraordinaires se déroulaient, alors que la nuit approchait, Joseph d'Arimathie arriva (il était disciple depuis le début, comme les autres, mais en secret). Il alla courageusement voir Pilate parce qu'il était connu de lui, et demanda pour avoir le Corps de Jésus, et il reçut l'autorisation de L'emmener. Alors il enleva aussitôt le divin Corps de la Croix, avec toute la révérence due.

Et lorsque la nuit tomba, Nicodème arriva, portant un mélange de myrrhe et d'aloes, qui avait été préparé pour oindre, et il enveloppa le Saint Corps dans un ligne, selon la coutume habituelle des Juifs. Ensuite ils plaçèrent le Corps du Seigneur dans la nouvelle tombe de Jospeh d'Arimathie, au jardin, qui avait été taillée dans un rocher, roulant une grande pierre par devant l'entrée. Nul n'avait jamais été enseveli dans cette tombe, de sorte que lorsque le Christ ressuscita, les chefs des prêtres ne purent pas attribuer la Résurrection à une autre personne. Le mélange d'aloès et de myrrhe amalgama fortement le linge contre le Corps du Christ, de sorte que lorsque le linge du corps et le suaire allaient être vus repliés dans la tombe, nul ne supposera que Son Corps avait été enlevé. Comment quelqu'un aurait-il d'ailleurs pu détacher le lin si fortement collé à la chair? Cependant, tous ces fous qui avaient manigancé ce mensonge ne savaient pas qu'en accord avec l'économie de Dieu, toutes ces preuves demeuraient dans la Tombe pour confondre leurs mensonges. Tout ces événements se déroulèrent merveilleusement le vendredi. En conséquence, les Pères Théophores décidèrent que nous devrions commémorer tous ces événements avec un coeur plein de componction et de contrition. De plus, l'Église, tel qu'elle l'a reçu au temps des saints Apôtres, a commandé que chaque vendredi serait un jour de jeûne en souvenir de la sainte Passion du Christ et de Sa mort Vivificatrice.

Il est bon de comprendre que le 6ème jour de notre semaine, le vendredi, le Seigneur fut crucifié parce qu'au cours du 6ème jour de la Création, Adam, le premier homme, fut créé. De plus, à la 6ème heure de la journée, Il fut suspendu à la sainte Croix parce qu'à la 6ème heure, nous dit une tradition, Adam étendit sa main vers l'arbre interdit pour manger son fruit et hériter la mort. Dès lors il convenait qu'à la même heure bouleversante, le Vieil Adam soit recréé. La Crucifixion du Seigneur fut dans un jardin parce qu'Adam fut trompé dans un jardin en Paradis. L'amère boisson que le Seigneur goûta sur la Croix guérit le goûter par convoitise d'Adam. La sainte Croix a remplacé l'arbre du Paradis. Les coups sur le visage signifient notre réveil de l'hébétude due au péché. Les crachats à la face et le comportement déshonorant envers le Seigneur rend manifeste la valeur qu'Il nous attribue. La couronne d'épines nous relève de la malédiction entourant la tête d'Adam et Eve. Le manteau de pourpre remplaçait le manteau de peau et symbolisait le manteau royal par lequel Il nous couvre. Les clous représentent notre complet immobilisme dans nos péchés. Le Côté percé du Seigneur, d'où sortit notre Salut, représente le côté d'Adam, d'où Eve sortit, et par qui la transgression eut survint. La lance enleva l'épée flamboyante qui gardait le Paradis après la désobéissance. L'eau sortant du Côté fut une image du Saint Baptême. Le Sang et le roseau étaient les moyens par lesquels le Sauveur, comme écrivant d'une encre rouge impérial, décrétait, en tant que Roi céleste, la restauration de l'ancienne patrie.

On rapporte que le crâne d'Adam reposait là où le Christ fut crucifié, Lui le Chef de tous, et Adam fut "baptisé" par le Sang du Christ, qui s'écoula de Lui et tomba sur le crâne d'Adam. C'est appelé le Lieu du Crâne parce que durant le Déluge, la terre recracha le crâne d'Adam, qui roula sur lui-même en cercle, et ce fut considéré comme un mauvais signe. Le saint prophète et roi Salomon, par respect envers l'ancêtre, le fit recouvrir de nombre de pierres. De plus, d'éminents saints disent, comme dans la tradition, qu'Adam y fut enseveli par des Anges. Dès lors, où se trouvait le corps d'Adam, là le Christ Se tint comme Roi éternel, le Nouvel Adam, guérissant par le bois de la Sainte Croix le Vieil Adam qui était tombé à cause du bois de l'arbre.

Il faut noter qu'en ce jour, il n'y a pas de célébration de la Divine Liturgie, ni de la Liturgie des Présanctifiés. En ce jour de la sainte Crucifixion, nous ne mangeons ni ne buvons quoi que ce soit, en accord avec les paroles que le Seigneur a dites aux Pharisiens : "Mais des jours viennent où l'Époux leur sera enlevés, et alors ils jeûneront" (Mt 9,15). Cependant, si quelqu'un est faible ou vieux et ne sait pas respecter le jeûne, qu'il reçoive du pain et de l'eau après le coucher du soleil.

Dans Ton ineffable compassion, O Christ notre Dieu, ait pitié de nous et sauve nous. Amen.




Office d'Epitaphion célébré le vendredi 6 avril 2007 à Chatelineau (B), à la paroisse Hagia Barbara (Patriarcat de Constantinople):



Explications en anglais de l'Office de mise au tombeau ou "Epitaphion"
http://en.wikipedia.org/wiki/Epitaphios_(liturgical)




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