"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

27 mai 2007

Pentecôte: l'Office d'Agenouillement (ou Génuflexion)


Prières de l'agenouillement de la Pentecôte
"Ces prières ont lieu dans les églises le Dimanche de Pentecôte, alors que les fidèles sont rassemblés dans l'attente de la venue du Saint Esprit. Ces prières appartiennent à l'Office des Vêpres qui est en pratique célébré immédiatement après la Liturgie le dimanche de Pentecôte. C'est la pratique courante, qui s'est développée depuis une centaine d'années, que ces prières soient célébrées à la fin de la Divine Liturgie.
Le but de ce déplacement du moment de ces prières est d'inclure le plus possible de membres de la communauté. Quand les Vêpres sont célébrées ce jour après la Divine Liturgie, beaucoup ne restent pas et les prières ne sont célébrées qu'avec une poignée de paroissiens. Il ne devrait pas en être ainsi! Particulièrement le dimanche, notre désir devrait d'être ensemble en prière.
Comprenons cela et prions pour désirer embrasser la plénitude de notre tradition Chrétienne Orthodoxe. Ce désir nous viendra dans la maturité de notre foi. Alors, en communauté, nous ne désirerons pas seulement que la totalité de la prière soit célébrée pour nous, mais en communauté, nous désirerons tomber à genoux et en serons joyeux."


Les postures dans la prière : l'agenouillement
http://orthodoxwiki.org/Worship#Kneeling
"L'agenouillement est aussi pratiqué par certains Orthodoxes durant leurs Offices. S'agenouiller s'appelle aussi la petite pénitence (metanoia mikra). La génuflexion occidentale moderne, où l'on plie le genoux droit, est pratiquée dans l'église catholique-romaine.
Dans certaines églises, les bancs sont équipées de reposoirs en face du banc où l'on est assis, de sorte que les membres de l'assemblée peuvent s'y agenouiller au lieu de le faire à même le sol. Bien que ces reposoirs soient peu courants dans les bâtiments d'églises Orthodoxes, on les trouve parfois. C'est souvent le cas là où il y a des bancs dans le bâtiment, ou quand le bâtiment a été racheté à des églises catholique-romaine ou protestante."


"Aujourd'hui, 7 Prières d'Agenouillement sont dites par le prêtre durant les Vêpres qui suivent immédiatement la Divine Liturgie du jour, et tout le monde se tient à genoux; c'est la première fois que l'agenouillement est autorisé depuis la Sainte Pâques. Durant les Prières d'Agenouillement, chaque membre de l'église participe à la conception de la couronne faite d'herbes odoriférantes fraîchement coupées, herbes avec lesquelles l'iconostase est décorée ce jour, ainsi que le sol de notre paroisse Saint Sava."


Pourquoi, tous les dimanches et de Pâques à la Pentecôte, les prières sont-elles dites à l'église sans s'agenouiller?
Comme il ressort clairement des Saintes Écritures, se courber, s'agenouiller et se prosterner, toutes ces postures étaient utilisées dans la prière même au temps de l'Ancien Testament. Le saint prophète et roi David parle dans nombre de Psaumes de se courber devant Dieu ou Son Temple, tels par exemple : "Rendez au Seigneur la gloire due à Son Nom; revêtez vos habits de fête, prosternez-vous devant Lui" (Ps 28,2); "Pour moi, grâce à Ta grande bonté, je pénètre dans Ta maison; je me prosterne dans Ton sanctuaire, pénétré de respect" (Ps. 5,8); "Venez, prosternons-nous en adoration, à genoux devant le Seigneur qui nous a créés" (Ps 94,6); "Entrons dans Sa demeure, prosternons-nous devant l'escabeau de Ses pieds" (Ps. 131,7); etc.

A propos de l'agenouillement, nous savons ceci du saint prophète Daniel, par exemple: "Trois fois le jour, agenouillé, il continua, comme auparavant, à prier et à louer Dieu" (Dan. 6,10). Des prosternations complètes sont aussi mentionnées dans les livres de l'Ancien Testament. Par exemple, les prophètes Moïse et Aaron : "Ils se prosternèrent la face contre terre en disant: 'Ô Dieu, Dieu des esprits de toute chair, un seul homme a péché, et Tu sévirais contre toute l'assemblée!" (Nombres 16,22); c'est ainsi qu'ils suppliaient Dieu d'être miséricordieux envers les enfants d'Israël qui avaient gravement péché. Dans le Nouveau Testament aussi, on avait préservé la coutume de s'agenouiller, se prosterner, et bien entendu de se courber; tout cela était toujours en usage durant la vie terrestre de notre Seigneur Jésus-Christ, Qui sanctifia cette coutume de l'Ancien Testament par Son propre exemple, priant à genoux et tombant face contre terre. Ainsi donc, nous savons par les saints Évangiles qu'avant Sa Passion, dans le jardin de Gethsemani, Il S'agenouilla et pria (Matth. 26,39), "Se jeta contre terre et Se mit à prier" (Mc 14,35). Et après l'Ascension du Seigneur, à l'époque des saints Apôtres, cette coutume, dont les saintes Écritures parlent aussi, demeura inchangée. Par exemple, le saint protomartyr et diacre Étienne "tomba à genoux et s'écria d'une voix forte: "Seigneur, ne leur compte pas ce péché!" (Actes 7,60); l'Apôtre Pierre, avant de relever Tabitha d'entre les morts, "s'agenouilla et pria" (Actes 9,40). C'est un fait indiscutable que, de même qu'avec les premiers successeurs des Apôtres, au cours des périodes plus tardives de l'existence de l'Église du Christ, s'agenouiller, se courber et se prosterner sur le sol, tout cela a toujours été utilisé par les véritables croyants dans leurs prières domestiques et divins offices. Dans l'antiquité, parmi les autres manifestations corporelles externes, l'agenouillement était considéré comme la manière de prier la plus agréable à Dieu. C'est pour cela que saint Ambroise de Milan écrivait : "Avant tout autre labeur ascétique, l'agenouillement a la puissance d'adoucir la colère de Dieu et de provoquer Sa miséricorde" (Livre 6 sur les Six jours de la Création, ch. 9).

"Ce qui est à Toi, le tenant de Toi, nous Te l'offrons, en tout et pour tout."
Pentecôte – cathédrale Saint-Innocent
30 Mai 2004 Diocèse d'Alaska (Orthodox Church of America / OCA)


Dans les monastères on observe les Canons à présent acceptés dans l'Église Orthodoxe au sujet des prosternations et agenouillements, tels qu'on les trouve repris dans les livres des divins offices, et en particulier le Typikon de l'Église [coutumier, ordo]. Mais en général, les laïcs Chrétiens Orthodoxes zélés sont bien entendu autorisés à prier à genoux à l'église et de se prosterner entièrement quand ils le souhaitent, sauf pendant la proclamation de l'Évangile, et les lectures de l'Épître, de l'Ancien Testament, de l'hexapsalme et de l'homélie. La sainte Église les considère avec amour et ne réfrène pas leurs pieux sentiments. Cependant, les exceptions concernant les dimanches et les jours entre Pâques et Pentecôte s'appliquent en général à tout le monde. D'après l'ancienne tradition et une loi canonique claire, l'agenouillement ne peut pas être effectué ces jours-là. La brillante solennité des événements que l'Église célèbre tout au long de la période de Pentecôte et les dimanches exclu, en et par elle même, toute manifestation de tristesse ou de lamentation sur ses péchés: car depuis Jésus-Christ a pour toujours "détruit l'acte rédigé contre nous [..]; Il l'a réduit à néant en le clouant à la Croix. Il a dépouillé les Principautés et les Puissances, Il les a livrées en spectacle de dérision en triomphant d'elles par la Croix" (Col. 2,14-15). Et "désormais donc, il n'y a plus aucune condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus" (Rom. 8,1). Pour cette raison, la pratique a été observée par l'Église depuis les tous débuts, et sans aucun doute transmise par les Apôtres, qu'en tous ces jours, du fait qu'ils sont consacrés à la commémoration de la glorieuse victoire de Jésus-Christ sur le péché et la mort, il était requis de célébrer les divins offices publiques avec faste et solennité, et en particulier sans agenouillement, puisque c'est un signe de regret plein de repentance pour les péchés. Tertullien, un auteur du 2ème siècle, témoigne de cette pratique : "Le Jour du Seigneur (c-à-d le dimanche), nous considérons comme inapproprié de jeûner ou de s'agenouiller; et nous jouissons aussi de cette liberté de Pâques jusqu'à la Pentecôte" (Sur la Couronne, chapitre 3). Saint Pierre d'Alexandrie (3ème siècle – cfr son Canon 15 dans le Pedalion / Gouvernail = Droit Canon), et les "Constitutions Apostoliques" (Livre 2, chap. 59) disent aussi la même chose.

Suite à cela, le premier Concile Oecuménique considéra nécessaire d'en faire une règle par un Canon spécial d'application pour l'Église entière. Le Canon 20 dit ceci : "Comme quelques-uns plient le genou le dimanche et aux jours du temps de la Pentecôte, le saint Concile a décidé que, pour observer une règle uniforme dans tous les diocèses, tous adresseront leur prières à Dieu en restant debout."


Prières de l'Office d'agenouillement
Pentecôte – cathédrale Saint-Innocent
30 Mai 2004 Diocèse d'Alaska (Orthodox Church of America / OCA)

Pointant vers ce Canon, saint Basile le Grand explique (Canon 91 de saint Basile) le pourquoi et la signification de la pratique qu'il établissait ainsi : "Et nous faisons nos prières debout le premier jour de la semaine [= le dimanche; ndt], mais nous n'en connaissons pas tous la raison; car, ressuscités que nous sommes avec le Christ et obligés d'aspirer vers les choses célestes, nous ne rappelons pas seulement à notre esprit par la station debout pendant la prière la grâce, qui nous a été accordée en ce jour de résurrection, mais aussi que ce premier jour de la semaine semble être en quelque sorte l'image de l'éternité à venir; c'est justement parce qu'il est le début des jours que Moïse dit à son sujet non pas "le premier", mais le jour "un". Vu que ce jour revient à plusieurs reprises, il est en même temps un et huitième, manifestant par lui-même le jour vraiment un et huitième que le psalmiste rappelle dans l'inscription de certains psaumes, et qui représente par lui-même l'état qui suivra notre temps présent, ce jour sans fin, sans nuit, sans succession, l'éternité sans terme et toujours nouvelle. Il est donc nécessaire que l'Église enseigne à ses disciples de faire leurs prières en se tenant debout, afin que par le continuel rappel de la vie sans fin, nous ne négligions point les moyens d'atteindre ce passage. De même, toute la sainte cinquantaine des jours après Pâques est un rappel de la résurrection espérée. Car ce jour un et premier, multiplié sept fois par sept constitue les sept semaines de la sainte cinquantaine; commençant et finissant par un, elle déroule ce même un cinquante fois; elle imite ainsi l'éternité, commençant, comme dans un mouvement cyclique, au même point et terminée au même; pendant cette cinquantaine la coutume de l'Église nous a appris à préférer la station debout pour la prière, transportant pour ainsi dire notre esprit du présent à l'avenir par ce rappel manifeste. Par ailleurs chaque fois que nous plions les genoux et que nous nous relevons, nous démontrons en acte avoir été jetés à terre par notre péché et rappelés au Ciel par la Miséricorde de Celui qui nous a créés." Les 3 prières d'agenouillement pour la Pentecôte, bien connues et composées par ce grand Père de l'Église, ne sont dès lors pas lues à Tierce, quand on commémore la descente du Saint Esprit sur les Apôtres, ni à la Liturgie de Pentecôte, mais aux Vêpres, qui font déjà partie du lendemain, après l'Entrée. Le saint Père était déterminé à ne pas briser l'ancienne coutume de l'Église.

Dans le Canon 90 du Concile de Trullo, tenu conjointement avec le 6ème Concile Oecuménique, nous lisons : "Nous avons reçu de nos pères le canon qui nous dit de ne pas fléchir les genoux aux jours de dimanche, en l'honneur de la Résurrection du Christ. Or pour avoir une idée claire de son observation, nous faisons connaître aux fidèles qu'après l'entrée du clergé au sanctuaire aux vêpres du samedi selon l'usage reçu, personne ne doit fléchir les genoux, jusqu'au soir du dimanche qui suit, où après l'entrée du lychnicon fléchissant à nouveau les genoux nous offrons au Seigneur nos prières. Nous considérons en effet la nuit qui vient après le samedi comme annonciatrice de la Résurrection du Sauveur et nous commençons à partir de ce moment nos cantiques spirituels, faisant tenir la fête depuis les ténèbres de la nuit jusqu'à la lumière du jour, en sorte que nous célébrons la Résurrection une nuit et un jour entiers." Expliquant ce Canon, Jean Zonaras dit : "Divers Canons ont prohibé l'agenouillement les dimanches ou pendant les 50 jours de la Pentecôte, et Basile le Grand a aussi donné les raisons pour lesquelles ce fut interdit. Ce décret canonique ne s'intéressant qu'au dimanche, indique clairement à partir de quelle heure et jusque quelle heure s'agenouiller, et dit : 'Après l'entrée du clergé au sanctuaire aux vêpres du samedi selon l'usage reçu, personne ne doit fléchir les genoux, jusqu'au soir du dimanche qui suit, où après l'entrée du lychnicon fléchissant à nouveau les genoux nous offrons au Seigneur nos prières. Nous considérons en effet la nuit qui vient après le samedi comme annonciatrice de la Résurrection du Sauveur', ce que, d'après les termes de ce Canon, nous devons passer à chanter des Psaumes, portant la fête des ténèbres à la lumière, et d'une telle manière, célébrer la Résurrection le jour entier et la nuit" (Livre des Canons avec interprétation, p. 729 dans l'édition anglaise).

On trouve aussi dans le Typikon de l'Église une consigne sur la manière dont le prêtre doit s'approcher et embrasser l'Évangéliaire après l'avoir lu lors de la Vigile Pascale de la Résurrection : "Ne vous prosternez pas au sol, mais courbez-vous légèrement, jusqu'à ce que la main touche le sol [= métanie; ndt]. Car le dimanche et les fêtes du Seigneur et durant les 50 jours entre Pâques et Pentecôte, on ne plie pas le genoux" (Typikon, ch. 2).

In fine, se tenir debout lors des divins offices le dimanche et les jours entre Pâques et Pentecôte était le privilège de ceux qui étaient en pleine communion avec l'Église; mais ceux qui étaient appelés les "pénitents" n'étaient pas dispensés de s'agenouiller, même en ces jours-là.

Nous clôturerons cet article par ces paroles du célèbre interprète des Canons de l'Église, Théodore Balsamon, patriarche d'Antioche : "Préservez les décrets canoniques, peu importe et malgré la manière dont ils ont été composés; et ne dites pas qu'il y a des contradictions entre eux, car le très Saint Esprit les a tous formulés" (Interprétation du canon 90 du Concile in Trullo).
In: Orthodox Life, Vol. 27, No. 3 (Mai-Juin 1977), pp. 47-50.



Office de l'Agenouillement, paroisse Saint Silouane et saint Martin de Tours, Bruxelles, 27/5/2007






1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bon Fête, Jean-Michel!