"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

29 juillet 2007

Dissensions internes & manque d'amour bloquent l'évangélisation (Trinité 8, Rite Occidental Eorhf)

Matines
Psaume 38 (Dixi, custodiam)
Psaume 39 (Expectans expectavi)
Sagesse 6,12-25
Épître de saint Paul Apôtre aux Philippiens 2,1-29
S'il existe donc quelque consolation dans le Christ, s'il y a quelque encouragement dans la charité, s'il y a quelque communion dans l'Esprit, s'il existe quelque affection ou miséricorde, rendez ma joie parfaite en restant unis; n'ayez qu'un même amour, une même âme, une même pensée : ne faites rien par esprit de parti ou de vanité, mais que l'humilité vous fasse estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Sans égards pour ses propres intérêts, que chacun prenne à coeur ceux des autres. Ayez en vous les sentiments qui furent dans le Christ Jésus. Quoiqu'il fût de condition divine, il ne s'est pas prévalu de son égalité avec Dieu; mais il s'est anéanti lui-même en prenant la condition d'esclave et se faisant pareil aux hommes. Et quand il eut revêtu l'aspect d'un homme, il s'est encore abaissé lui-même en se rendant obéissant jusqu'à la mort, la mort de la croix. Aussi, Dieu l'a-t-il souverainement exalté et lui a-t-il conféré le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse, au ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue professe, à la gloire de Dieu le Père, que Jésus Christ est Seigneur.
Ainsi, mes bien-aimés, vous qui avez toujours été obéissants, travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, non seulement comme lorsque j'étais là, mais bien plus encore maintenant en mon absence. Car c'est Dieu qui, suivant sa bienveillance, opère en vous le vouloir et le faire. En tout, agissez sans murmure et sans discussion, afin d'être irréprochables et purs, enfants de Dieu sans reproche au milieu d'une société perverse et dépravée, au sein de laquelle vous brillez comme des flambeaux dans le monde; vous êtes porteurs de la parole de vie. Ainsi, au jour du Christ, j'aurai la fierté de n'avoir pas couru ni peiné en vain. Et même, dût mon sang servir de libation sur le sacrifice et sur l'offrande de votre foi, j'en suis heureux et m'en réjouis avec vous tous. Vous aussi, faites de même, réjouissez-vous, oui, réjouissez-vous avec moi. J'espère dans le Seigneur Jésus vous envoyer bientôt Timothée, afin d'être réconforté moi-même par les nouvelles que j'aurai de vous. Je n'ai personne qui partage ainsi mes sentiments, pour prendre un sincère intérêt à tout ce qui vous concerne : tous les autres n'en ont que pour leurs propres intérêts, non ceux de Jésus Christ. Vous connaissez sa fidélité éprouvée; vous savez que, tel un enfant près de son père, il se dévoue avec moi au service de l'Évangile. J'espère donc, vous l'envoyer dès que j'entreverrai l'issue de mes affaires; et j'ai cet espoir dans le Seigneur, que moi aussi je viendrai bientôt. Je crois nécessaire de vous envoyer Épaphrodite, le frère et compagnon de mon labeur et de mes luttes, qui était venu de votre part pour subvenir à mes besoins. Il désire ardemment vous revoir tous, et se trouve fort en peine parce que vous avez appris sa maladie. En effet, il a été malade et bien près d'en mourir. Mais Dieu a eu pitié de lui, et non seulement de lui, mais de moi aussi, pour que je n'aie pas chagrin sur chagrin. Je me hâte donc de vous le renvoyer, pour que vous ayez la joie de le revoir et que ma tristesse en soit allégée. Ainsi donc, accueillez-le dans le Seigneur avec une joie complète, et honorez de tels hommes.

COLLECTE POUR DIMANCHE TRINITE 8
O Dieu, dont la Providence infaillible règle tout au Ciel et sur la terre; nous Te supplions humblement d’éloigner de nous tout ce qui nous est nuisible, et de nous accorder ce qui est pour notre bien. Par notre Seigneur et Sauveur, Jésus-Christ, Qui vit et règne avec Toi et le Saint Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles.

Divine Liturgie (Sarum)
Épître : 1 Co 1,10-17
Je vous engage, frères, au nom de notre Seigneur Jésus Christ, à vous mettre d'accord. Qu'il n'y ait point de divisions parmi vous. Vivez en bonne entente, n'ayant qu'un même esprit, qu'un même sentiment. En effet, frères, j'ai été averti par les gens de Chloé, qu'il y a parmi vous des disputes. J'entends par là que tel est votre langage entre vous : "Moi, je suis disciple de Paul; - moi d'Apollos; - et moi de Céphas; -et moi du Christ."
Voyons : le Christ serait-il divisé? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés? Grâce à Dieu, je n'ai baptisé aucun de vous, à part Crispus et Gaïus; ainsi personne ne pourra dire que vous avez été baptisés en mon nom. De fait, j'ai encore baptisé la famille de Stéphanas; à part ceux-là, je ne sache pas avoir baptisé quelqu'un d'autre. Ce n'est pas pour baptiser que le Christ m'a envoyé, mais pour annoncer l'Évangile, et cela sans recourir à l'habileté de l'art oratoire, afin que la croix du Christ ne soit pas réduite à rien.

Évangile : Saint Matthieu 14,14-22
Jésus vit cette foule nombreuse, s'attendrit sur elle, et guérit leurs malades. Il se faisait tard. Groupés autour de lui, les disciples Lui dirent: "L'endroit est désert, et l'heure avance déjà; congédie ces gens pour qu'ils aillent s'acheter des vivres dans les villages." Mais Jésus répondit: "Ce n'est pas nécessaire: donnez-leur vous-mêmes à manger." - "Mais, lui dirent-ils, nous n'avons ici que 5 pains et 2 poissons." - "Apportez-les-Moi", dit-Il. Il fit alors s'étendre la foule sur l'herbe; Il prit les 5 pains et les 2 poissons et, les yeux levés au ciel, Il prononça une bénédiction. Rompant ensuite les pains, Il les tendit à Ses disciples, qui les distribuèrent au peuple. Tous mangèrent à satiété; et des morceaux qui restaient on emporta 12 corbeilles pleines. Or, sans compter les femmes et les enfants, le nombre des convives s'élevait à 5.000 hommes environ. Aussitôt après, Jésus contraignit Ses disciples à se rembarquer et à passer avant Lui sur l'autre rive, tandis qu'Il congédierait la foule.

HOMÉLIE DU DIMANCHE TRINITÉ 8

homélie 2007:
"En tout, agissez sans murmure et sans discussion, afin d'être irréprochables et purs, enfants de Dieu sans reproche au milieu d'une société perverse et dépravée, au sein de laquelle vous brillez comme des flambeaux dans le monde." Ainsi parle saint Paul aux Philippiens dans la deuxième lecture des Matines de ce jour.
L'on suppose qu'il les exhorte en premier lieu à parler de l'oeuvre de l'Église sans disputes internes. Paul pourrait bien mettre l'Église en garde – à l'époque comme maintenant – pour éviter les luttes intestines. De nos jours, hors de l'Église, certains groupes Chrétiens sont devenus synonymes de dispute, du fait de leurs bagarres. Nous le voyons dans notre propre diocèse et dans d'autres, où telle paroisse est réputée pour l'esprit de dispute de ses membres, au point qu'il en est qui ont du mal à trouver du clergé. C'est un comportement profondément pécheur, que des Chrétiens seraient si remontés les uns contre les autres que ceux hors de l'Église ne veulent pas rejoindre le troupeau du Christ, et que certains dans le troupeau en sont si perturbés qu'ils en partent. Un tel comportement est la pierre d'achoppement pour les enfants.
Il existe des occasions pour faire usage du franc-parler, uniquement en présence de mal persistant, de paresse ou d'hérésie. Toutes les autres affaires devraient être traitées au sein des communautés Chrétiennes, paisiblement et dans l'amour mutuel. Ceux qui ont une tendre conscience ne devraient pas être offensés, et ceux qui aiment la paix ne devraient pas être gênés dans leur culte par leurs frères du troupeau. Le Chrétien est appelé à un chemin de paix, non seulement au sein de l'Église, mais aussi partout dans le monde. Le Chrétien doit devenir le catalyseur de paix parmi les non-Chrétiens et parmi ceux qui sont opposés au Christ. Par son amour envers ses concitoyens, Chrétiens ou non, le Chrétien devrait être un exemple pour tous les sans-Christ.
C'est lorsque nous adoptons consciencieusement la douceur, l'humilité et la nature paisible du Christ que nous parlons le plus clairement de Lui dans nos vies quotidiennes. Tout Chrétien est appelé à être un exemple pour les autres : tout d'abord pour ses frères, et ensuite pour le monde. Non pas d'une manière volontairement instructive, non pas d'une manière auto-justifiante, mais calmement et avec amour.
En un temps où la nation est dans le tourbillon politique ou la division religieuse, ou quand une communauté subit des changements sociaux ou autres, la communauté Chrétienne devrait être un exemple de fiabilité et de paix vers lequel les autres pourraient regarder pour être guidés. Nos dirigeants devraient être des balises lumineuses pour la nation, l'Église a tant à donner à une nation comme la nôtre, si dégoûtée par le comportement contemporain de tant qui se proclament eux-mêmes Chrétiens. Et cependant, l'Église n'est pas entendue, et ses trésors sont peu considérés, car elle n'a pas voix au chapitre dans cette nation.
Notre voix – l'authentique voix du Christ en ce monde, la voix de l'amour, de la paix, de la guidance morale, doit commencer dans nos propres vies et paroles, et ce n'est qu'alors que la voix de l'Église pourra résonner pour la nation et pour le monde.

homélie 2006:
L'Epitre de la Liturgie d'aujourd'hui peut aussi être appelée un morceau d'unité. Répondant aux problèmes de clans causés au moins en partie par les Gnostiques à Corinthe, saint Paul entreprend de leur montrer dans son Epitre que l'Église est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. L'extrait de l'Epitre lu ce jour fait partie de ce qui traite de l'Église comme étant Une. Lorsqu'on lit l'Écriture Sainte, il est utile de savoir le sujet auquel elle s'adresse directement, mais il est vital de connaître l'application que cela a pour nous. Dès lors, nous pouvons tranquillement laisser de côté les problèmes à Corinthe dans les années 50 après Jésus-Christ et nous occuper de ce que cela signifie pour nous aujourd'hui. Ceux qui s'appellent eux-mêmes Chrétiens dans le monde actuel sont, comme nous le savons, scandaleusement divisés. Le scandale n'est peut-être pas tant dans le fait des divisions que dans la cause des divisions. L'Église a été créée Une par le Christ, mais elle est peuplée sur terre par des hommes déchus, et les hommes déchus sont excessivement facilement égarés. Nous trouvons qu'il est presqu'impossible de nous concentrer sur le service cultuel et l'amour même durant le temps de la Liturgie – notre esprit vagabonde, nous sommes distraits par l'adversaire qui cherche constamment à nous détourner du but principal de notre existence. Il n'est dès lors pas surprenant que l'Église comporte souvent en son sein des groupes d'opinions divergentes – opinions personnelles bien entendu. Ce qui est scandaleux c'est le fait que ces divisions se sont élargies jusqu'à former un Schisme. Il n'est également pas très surprenant de constater qu'une fois que le Schisme a atteint des proportions majeures, d'autres suivent dans ce qui est, historiquement parlant, plutôt limité, et ils y continuent aujourd'hui. Après avoir rejeté l'unité de la véritable Église, les hommes trouvent progressivement plus facile de se séparer d'avec leurs frères. Quel est alors le message de l'Epitre de ce jour pour l'Église des temps présents?
La première chose pour laquelle saint Paul plaide, c'est pour que nous "ayons un témoignage uniforme" (dire la même chose). Cela signifie en effet que l'Église rende témoignage au Christ, interprète Son Evangile partout de la même manière. Ce n'est pas (comme certains semblent l'aimer) un uniformité humaine rigide imposée par une sorte de pouvoir terrestre centralisé, mais plutôt une adhésion uniforme à la vérité révélée telle qu'elle a été prêchée et enseignée tout au long des siècles par un consentement continuel des Pères et de l'Église. C'est une uniformité de doctrine régulée par l'Esprit Saint qui n'a pas besoin de pouvoir humain centralisé – bien que cela nécessite que l'Église soit organisée et aide des évêques craignant Dieu pour rappeler les affaires doctrinales et spirituelles de l'Église. Au verset 13, saint Paul pose la question : "est-ce que le Christ est divisé?" En effet, est-ce que l'Église est divisée? La réponse qui découle de 1 Co 3,18-23 et que l'on retrouve tout au long du Nouveau Testament est un "non" catégorique. La sagesse mondaine à laquelle tout ce chapitre sur l'unité fait référence est d'avoir des opinions privées en matière doctrinale, et une interprétation de l'Écriture séparée de la révélation de l'Église par le Christ Lui-même. C'est une séparation de l'Église, car il ne sait pas y avoir une chose telle qu'une véritable division de l'Église. Il peut y avoir des parties autonomes de la même Église, mais la division veut dire se diviser de, non pas se diviser à l'intérieur. Le scandale pour aujourd'hui est qu'il n'y a pas d'unité dans les rangs de ceux qui s'appellent eux-mêmes Chrétiens et que parmi de tels gens, nombre d'entre eux créent spectaculairement et de manière attractive des religions véritablement non-chrétiennes qui prétendent être Chrétiennes. Ce dont nous devons nous prémunir, c'est contre l'attractivité de certaines de ces idées pour ceux qui sont dans l'Église. Nous devons rendre témoignage au Fils éternel de Dieu, Qui est né d'une pure Vierge, a été crucifié pour nous, est mort, descendu aux Enfers, relevés d'entre les morts, monté aux Cieux et revenant [en gloire]. Nous devons continuellement rendre témoignage à Dieu en la Sainte Trinité, un Dieu Qui s'intéresse continuellement aux affaires de ce présent monde, y participant, l'aimant et S'y impliquant, comme envers chacun d'entre nous. Un Dieu Qui S'est très bien révélé Lui-même tout au long des siècles à de véritables saints, des saints dont nous avons le témoignage, un Dieu Qui est totalement constant et Qui ne sait pas être "réinterprété" par d'impies spéculateurs académiques aux soucis mondains. Nous devons rendre témoignage de l'Église Apostolique, historique, continue, unifiée, qui n'a pas besoin de nouveautés pour rendre son message intéressant envers tel ou tel groupe de cette société avide de nouveautés.


p. Michaël, higoumène (abbé), Saint-Petroc monastery, EORHF/Rocor
http://www.orthodoxresurgence.com/

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