"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

06 février 2008

Épitomes de la Mystagogie du Saint Esprit de saint Photius le Grand

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Chapitres du patriarche Photius [A] contre les partisans de l'Ancienne Rome, montrant que le Saint Esprit procède du Père seul, et pas du Fils.

1. Si l'Esprit est en effet simple, mais procède du Père et du Fils, alors ces deux seraient assurément considérés comme une seule hypostase, et on y introduirait une fusion Sabélienne, ou plus précisément, une fusion semi-Sabélienne.

2. Si en effet le Saint Esprit procède du Père et du Fils, Il serait à la fois double et composé. Si le Saint Esprit est attribuable à deux principes, qu'en serait-il de la monarchie si hautement louée?

3. Si le Père et le Fils tous deux sont origine de l'Esprit, alors le Père serait à la fois auteur direct et indirect de l'Esprit, du fait que le Fils procède aussi du Père.

4. Assurément, si la procession du Saint Esprit par le Père est parfaite, alors celle par le Fils est superflue.

5. Si le Fils avait la propriété d'être procession de l'Esprit comme le Père, la propriété de procession serait commune aux deux. Mais comment cette propriété serait-elle partagée en commun? Si c'est par opposition, une ne va-t'elle pas anéantir l'autre? Car les contraires se détruisent mutuellement. Si c'est par divergence, alors une partie de l'Esprit procédera d'une manière, et une partie de l'autre, et Il sera composé de parties inégales.

6. S'il était vrai que le Fils et l'Esprit procèdent d'une cause commune, à savoir le Père, et que le Fils serait à son tour auteur de l'Esprit, alors l'Esprit procéderait aussi du Fils. Car le Père et Créateur a fait les deux avec égal honneur.

7. S'il était vrai que le Fils aurait en partage avec le Père la procession du Saint Esprit, alors le Saint Esprit partagerait cela aussi, car tout ce que le Père a en commun avec le Fils, Il l'a aussi en commun avec le Saint Esprit. Dès lors, ce dernier serait à la fois cause et effet, une chose qui serait plus monstrueuse que les mythologies des païens Grecs.

8. Si le Fils a le pouvoir d'être origine, mais que cela est dénié à l'Esprit, alors ce dernier est inférieur en pouvoir au Fils, ce qui était l'insanité proférée par Macedonius.

9. Comme excuse, ils prétendent qu'Ambroise [de Milan] aurait écrit cela dans ses traités sur le sujet, et de même Augustin [d'Hippone] et Jérôme. Pour la défense de ces hommes, il faudrait dire que probablement les Pneumatomaques auront corrompus leurs écrits, ou peut-être qu'ils parlaient selon la tactique utilisée par le grand Basile, qui un temps durant s'abstint de prêcher la divinité du Saint Esprit, ou peut-être, puisqu'ils ne sont qu'humains, se seraient-ils là égarés loin de la bonne théologie; car nombre de grands hommes, comme Denys d'Alexandrie, Méthode de Patara et Pierios, Pamphilios, Theognoste, et Irénée de Lyon avec son disciple Hippolyte, ont souffert de la sorte en certains domaines. Car nous n'acceptons pas certaines de leurs affirmations, bien que nous admirions grandement le restant.

10. Ainsi donc, Ambroise, Augustin et Jérôme auraient dit que ce prétendent les Latins; mais les hiérarques des Sept Conciles [Oecuméniques] ne l'ont pas fait. L'un à la suite de l'autre, tous ces Conciles ont confirmé la définition de notre Foi. Les dirigeants et radieuses lumières de l'Église de l'Ancienne Rome ont été en accord avec eux sans la moindre contradiction, et ont décrété qu'il n'était pas permis d'ajouter ou de soustraire quoi que ce soit à la susmentionnée définition de la la Foi, et que celui qui s'y risquerait d'aventure devrait sans hésiter être chassé hors de l'Église.

11. Le divin Grégoire Dialogos [Grégoire le Grand, pape de Rome], qui s'épanouit pas longtemps après le Sixième Concile, prêchait et écrivait en latin que le Saint Esprit procède du Père seul. Zacharie, [pape de Rome] 165 ans plus tard, traduisit les Dialogues en grec, et dit que l'Esprit Paraclet procède du Père et demeure dans le Fils; car c'est ce qu'il avait appris du Précurseur, qui avait vu l'Esprit descendre tel une colombe et demeurer sur Lui.

12. Léon [III] et Benoît [III], grand hiérarques de l'Ancienne Rome en des temps ultérieurs, décrétèrent que le Symbole de la Foi devait être récité en grec lors des rites mystiques dans la Vieille Rome dans dans les autres Églises qui dépendaient d'elle, afin d'éviter que le défaut de la version latine ne fournisse une occasion de blasphème. Ce Léon, lorsqu'il ouvrit le trésor de l'Église Apostolique de l'Ancienne Rome, en sortit 2 boucliers qui avaient été préservés au milieu des autres pièces de l'héritage sacré, et sur lesquels étaient gravés la pieuse exposition de la Foi en lettres et mots grecs [petite erreur, saint Photius oublie qu'il y avait dessus aussi la bonne version en latin], et il ordonna que cela soit lu devant tout le peuple de l'Ancienne Rome. Jusqu'au temps de Serge, le pieux patriarche de la Nouvelle Rome, les hiérarques de l'Ancienne Rome envoyaient à tous les sièges patriarcaux des lettres de confirmation de leur foi lorsqu'ils entamaient haute prêtrise, et dans ces lettres, ils écrivaient le Symbole de la Foi sans la moindre variation.

13. Mais est-il besoin d'en dire tant? Le Fils et Maître révèle que l'Esprit procède du Père [B]. Et de même, le grand Paul déclare, disant "si nous-même, si un Ange venu du Ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous avons prêché, qu'il soit anathème!" Et, à moins d'être totalement fou, qui voudrait d'un autre enseignant?

[D'une autre partie du même ouvrage mais provenant d'un manuscrit différent :]

9. Lorsque David dit "Par l'Esprit de Sa bouche," il enseignait aussi que l'Esprit ne procédait que du Père seul, car il appliquait la phrase à la bouche du Père, et non pas du Fils, afin de pouvoir anticipativement détruire le blasphème de ceux qui soutiennent que l'Esprit procède aussi du Fils.

10. Dans tous les autres cas, la procession dénote une simple sortie, comme il est dit dans les Psaumes "Il en procédait/sortait, il reprenait les mêmes propos" (Ps 40,7 LXX). Mais la procession du Saint Esprit hors du Père ne signifie pas simplement une sortie, quelque chose de fortuit, qui aurait lieu puis cesserait, mais c'est une procession essentielle et naturelle, signifiant le mode d'être et déclarant la subsistance du Saint Esprit, Qui n'est pas par génération, comme l'est le Fils, mais par procession, donc de Sa propre manière. Car la propriété caractéristique du Fils, c'est d'être engendré par nature du Père, mais la propriété caractéristique du Saint Esprit, c'est de procéder par nature du Père. Dès lors, ils diffèrent l'un de l'autre uniquement dans la propriété caractéristique de subsistance, alors que dans les autres aspects, ils sont un en essence, en nature, en dignité, en puissance, et pour le dire plus simplement, en toute autre chose, ensemble avec le Père et l'un l'autre. Comment dès lors pouvez-vous dire que le Saint Esprit procède du Père et du Fils? Si c'est en tant que cause, alors il y a 2 causes et 2 principes (Père et Fils), et vous êtes partisan d'une dyarchie plutôt que d'une monarchie; mais il n'est pas de notre propos de parler des nombreuses absurdités découlant de cette croyance-là. Cependant, si l'Esprit procède d'une autre manière, comme si par la liaison mutuelle par la raison de leur inhabitation réciproque et l'échange des autres propriétés, et pour dire simplement, s'ils procèdent comme si envoyés, alors votre compréhension est bonne. De même que Père envoie le Fils, ainsi le Fils envoie l'Esprit. Le Fils dit "Mais quand viendra le Paraclet, que Je vous enverrai du Père, l'Esprit de Vérité qui procède du Père, Il Me rendra témoignage."
Cependant, alors vous vous trompez dans un autre aspect: d'abord en changeant et en falsifiant par cette addition l'exposition de la Foi confirmée par les Sept Conciles – et nul autre que vous n'a osé le faire! - et deuxièmement, que ce que vous interpolez entre les 2 phrases et que nous sommes habitués à appeler une conjonction, implique la signification d'une égale procession et du Père et du Fils, quand bien même vous pourriez comprendre la procession du Fils d'une autre manière, comme nous l'avons dit plus haut. Néanmoins, il convient non seulement de penser correctement, mais aussi de ne pas scandaliser autrui. Car si d'après l'Évangile, celui qui scandalise une personne est jugé digne d'une terrible punition, qu'en sera-t'il pour ceux qui ont scandalisé quasiment le monde entier?

11. Lorsque Dieu le Fils parla à propos du Saint Esprit, Il ne dit pas une seule fois mais 2 fois, au cours du même exposé, que le Saint Esprit est du Père. Pourquoi n'a-t'Il pas dit "et de Moi aussi?" Nos contradicteurs répondent qu'Il parlait humblement, en tant qu'homme; mais alors, leur répondant prestement, nous les convainquons à nouveau d'un mensonge. Ces paroles, "que Je vous enverrai," n'étaient pas dites en tant qu'homme, mais bien en tant que Dieu; car un homme n'envoie pas Dieu, si le Saint Esprit est en effet Dieu. Dès lors, Il a dit à 2 reprises "du Père" afin de confirmer une telle sublime parole, et pour clore les bouches de ceux qui, dans le futur, en viendraient à affirmer que l'Esprit procède du Fils. Cet argument fut avancé par le sagace et très sage empereur, lors de sa controverse à ce sujet avec l'évêque de Milan. [Une note dans la version latine de ce texte indique que l'empereur était Alexis Comène, et l'évêque de Milan était Pierre, en l'an 1116.]

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A. Sa Mystagogie, qui est le texte de référence, est encore à traduire. Par la grâce de Dieu ainsi que la prière des frères et soeurs sur terre comme au Ciel, comme vous le savez à la lecture de l'article précédent posté ce jour, voilà que je sors ce mercredi de l'hôpital après des jours très douloureux et bien de lourdes épreuves, et pour moi, et pour ma famille. Et je ne sors que pour continuer une tentative de traitement sans perfusion, car je suis hélas encore loin d'une guérison, à peine une "étonnante" rémission – étonnante dans le sens où elle s'est déroulée, avec de mauvais diagnostics post-traitement pendant 2 jours, puis soudain une spectaculaire amélioration permettant au médecin ce changement radical d'orientation du traitement...
Juste sorti l'après-midi de ce jour de la fête de saint Photius le Grand, il me manque bien entendu le temps pour tout traduire sur une ou deux heures.. J'ai aussi sa Vie, une dizaine de pages passionnantes... à traduire..

B. Dans cette problématique toujours actuelle de la Procession du Saint Esprit, on se rappellera qu'est donc mentionnée une "procession selon le temps" de l'Esprit par le Fils, explicitée dans le même Évangile selon saint Jean – 14,26 ne donne que la procession temporelle; alors que 15,26 précise l'éternelle ET la temporelle, sans les mettre sur pied d'égalité cependant. Le problème ici est que les Carolingiens qui tenaient à cette idée ont finit par s'enfermer dans l'erreur à confondre ce qui est du temporel et ce qui est de l'éternel. Or, le Credo situe la procession dans son éternité, pas dans sa temporalité. Donc sans même envisager le problème d'une erreur grave et inacceptable qu'est cette modification théologique unilatérale au symbole majeur de la Foi Chrétienne, ces théologiens Carolingiens qui avaient imposé leur point de vue à Rome étaient aussi dans l'erreur de compréhension de quelque chose d'aussi basique que la différence entre temporalité et éternité, mission ayant un point de départ et vie éternelle au sein de la sainte Trinité. Leur incompétence dans ce domaine de la "triadologie" et leur orgueil flagrant auront été les semences du drame spirituel qui frappe l'Occident encore à l'heure actuelle, et l'empêche de revenir au Christ. Ce n'était donc pas une banale question de "théologoumène", d'opinion théologique, que cette catastrophique erreur..
Telle est du moins mon opinion de pécheur.

C. Le 6 février, le calendrier de l'Église du Christ comporte bien d'autres saints d'importance, et pas seulement saint Photius le Grand. Il serait inepte et non-Orthodoxe de les opposer, voir d'en exclure de la vie liturgique du jour. Car tous ont été placés dans le calendrier sacré pour l'enseignement particulier qu'ils apportent chacun, à sa manière, aux fidèles. Et ce sont en général des saints qui ont réalisés ces calendriers approuvés par l'Église Indivise. A méditer!
A (re)lire :
Saint Photius, plus "grand" que saint Amand ou saint Vaast? En quel honneur?!



4. SAINT PHOTIUS, PATRIARCHE DE CONSTANTINOPLE
Photius fut une radieuse balise de l'Église. Il était de la parenté de l'empereur et un petit-fils du glorieux patriarche Taraise (25/2). Il fut un vigoureux protecteur de l'Église contre un pape de Rome amoureux du pouvoir et contre diverses déformations latines de la Foi. En 6 jours, il fut élevé à travers tous les degrés, de laïc à patriarche. Il fut consacré patriarche le jour de Noël 857, et s'endormit dans le Seigneur en 891.
extrait du Prologue d'Ochrid, par saint Nicolas Velimirovitch, évêque d'Ochrid & Zica, Serbie (+ 05 mars 1958)

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