"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

22 mars 2008

Faire du Carême une grande période pour votre famille

http://www.antiochian.org/book/export/html/699

Par Philip Mamalakis, PhD

Nos voisins sont rentrés d'une fin de semaine passée dans un lieu de villégiature avec leurs 2 adolescents. Ils nous ont décrit l'énorme buffet de l'hôtellerie. Le buffet en libre-service pour le grand déjeuner avait de tout, disaient-ils, les viandes, les oeufs brouillés, toutes sortes de fruits, plein de crêpes et autant de sortes de sauces que vous ne pourriez l'imaginer, 10 sortes de plats différents, du saumon, des croissants, oui, on peut le dire, ils étaient ravis. Ils n'ont pas pu cacher leur consternation en nous racontant comment leurs 2 gamins étaient revenus du buffet avec... un bol de céréales "Captain Crunch"! "Ils peuvent en avoir quand ils veulent à la maison," se sont-ils exclamés. Là, ils pouvaient avoir ce qu'ils voulaient, un festin de roi, et ils se contentèrent d'un bol de céréales soufflées.

Le Grand Carême est un temps où nous sommes invités à changer notre style de vie quotidienne comme préparation de Pâques. Comme tout le restant dans la vie, au plus nous comprenons ce qui se passe, au plus nous nous laissons aller au banquet, au plus nous expérimenterons la présence guérissante de Dieu en nos vies. Je ne serais pas à même de mettre en évidence tous les mets fins qui nous sont présentés en cette période de Carême, dès lors je vais mettre en exergue 3 plats que la famille sait partager, d'une manière à relier le banquet à nous-mêmes et à enseigner à nos enfants à y prendre part. Notez cependant le premier rapport. La manière la plus efficace d'enseigner à nos enfants la joie de la vie liturgique de l'Église, c'est de l'adopter dans nos propres vies.

Prenez un engagement sur la manière dont vous jeûnerez durant le Grand Carême.

Comme Orthodoxes, nous jeûnons de la nourriture afin d'être à même de jeûner du péché. Et c'est notre péché qui nous empêche de pleinement expérimenter Dieu en nous. Cette relation entre la manière dont nous mangeons et celle dont nous péchons, les Pères de l'Église l'affirment clairement. Cette relation est aussi quelque chose de perdu dans la société contemporaine. Dans l'Occident d'aujourd'hui, nous n'entendons pas beaucoup dire comment le jeûne peut aider un mariage à perdurer, ou comment une famille peut apprendre à aimer Dieu par le jeûne. Comme thérapeute, je vois des mariages échouer parce que les gens ne savent pas contrôler comment ils agissent l'un envers l'autre. En gros, au plus nous cédons nous-mêmes à ce que nous voulons, au plus nous devenons esclaves de nos désirs, plutôt que libres pour aimer. Jeûner n'est pas magique, mais quand nous festoyons au banquet de nos âmes par le jeûne, nous voyons Dieu transformer nos désirs matériels en aspirations après Son Royaume. Ouvrir nos mariages et nos familles au jeûne, cela ouvre nos coeurs à être remplis de la Grâce de Dieu et à être vraiment libres.

Les règles du jeûne pour les familles sont une chose personnelle. Chaque famille vivra cela différemment. En relation avec votre prêtre ou votre père spirituel, réfléchissez à suivre les conseils de jeûne de l'Église. Réfléchissez à ce que vous avez fait l'année dernière, et faites un pas de plus cette année. Pour certains, cela peut vouloir dire jeûner de viande et de laitages les premières et dernières semaines du Grand Carême. Pour d'autres, c'est un temps pour s'abstenir des produits laitiers toutes les semaines du Carême, ou les mercredis et vendredis. Apprendre à prendre part au jeûne par le festin de l'Église durant le Grand Carême signifie cesser de garder le contrôle sur notre régime alimentaire et donner ce contrôle à Dieu. Jeûner, ce n'est pas seulement une question alimentaire, mais aussi question de guérison de nos âmes. C'est un défi pour nous aujourd'hui, mais comme tous les sacrifices que nous accomplissons dans la Foi, les bénédictions de Dieu qui en découlent sont indénombrables.

Avant que ne commence le Grand Carême, décidez en famille de quel programme d'offices à l'église vous allez suivre. Les familles font cela tout le temps au début des saisons de football, ping-pong, judo, etc. Les familles prévoient de consacrer leurs soirées et leurs fins de semaines au calendrier sportif. Les entraîneurs et professeurs l'exigent et les familles s'y soumettent. Nous faisons cela pour des récompenses terrestres : un championnat, ou pour aider nos enfants à développer leurs aptitudes sportives. Prévoyez à l'avance que vous irez chaque mercredi soir à la Liturgie des saints Dons Présanctifiés, ou chaque vendredi soir à l'office de Salutations à la Mère de Dieu, ou aux vêpres du samedi soir, comme engagement pour parvenir aux récompenses célestes de paix et de guérison. Planifier à l'avance à quels Offices vous participerez, c'est une manière d'installer le périple de Carême de votre famille au sein de la vie de la paroisse; précisément là où se trouve sa place.

Que faire à présent si nos enfants ne veulent pas y aller? Ou peut-être que nous-mêmes avons des sentiments mitigés à cet égard. Participer aux Offices requiert un engagement de notre temps qui sera payant, transformant nos coeurs et nos vies afin d'accueillir la Grâce de Dieu. La Grâce de Dieu guérit les maladies de nos âmes, mais les Offices n'ont pas à être lassants. Passer du temps en famille leur donne du sens. Apprenez à comprendre les Offices. Demandez à votre prêtre de vous enseigner ce qui se passe et le pourquoi. Participez aux Offices en apprenant les hymnes et les prières. Suggérez d'organiser pour les familles une petite agape ou un groupe de discussion à l'église après l'Office. Cela pourrait signifier coordonner des activités pour les enfants et des discussions pour les adultes. Faites quelque chose en famille après l'Office, quelque chose que chacun aimera, comme une soirée familiale à la maison. Comme bien des bonnes choses dans la vie, avant que nous n'ayons appris à aimer le médicament qu'est le culte liturgique dans nos vies, un petit morceau de sucre aidera à le faire passer. Il y a peu de choses aussi ennuyeuses qu'un Office de l'Église Orthodoxe où vous ne vous sentez pas concerné, et il n'y a rien de plus transformant que de vivre une vie liturgique.

Engagez-vous pour la prière familiale à domicile durant le Grand Carême.

Les enfants seront plus à l'aise et se sentiront chez eux à l'église si leur maison a une atmosphère comme à l'église. Bien que je ne sois pas à suggérer de marcher lentement et de parler à voix basse à la maison, le Grand Carême est une période appropriée pour construire le coin à Icônes de la famille, ou pour se rassembler en prière devant votre coin à Icônes. Maman et papa doivent prendre les choses au sérieux lorsqu'ils allument une bougie devant les Icônes et baissent la tête pendant la prière. Si nous chantons des hymnes de l'Église à la maison, nos enfants les trouveront familiers lorsque ces hymnes sont chantées en église. Le Grand Carême est un temps pour réfléchir à se rassembler en famille devant les Icônes plutôt que devant la télévision. Si vous ne pensez pas savoir comment faire cela, parlez-en à votre prêtre, pour apprendre comment commencer à prier, ou trouvez quelqu'un qui pourra vous en parler.

En particulier, envisagez d'incorporer la Prière de Carême de saint Ephrem dans la prière familiale. Chaque soir, après le repas ou avant d'aller au lit quand tout le monde est là, rassemblez la famille au coin à Icônes et dites la prière tous ensemble.

Seigneur et Maître de ma vie, éloigne de moi l'esprit de paresse, d'abattement, de domination et de vaines paroles. (prosternation)

Mais donne à Ton serviteur un esprit de sagesse, d'humilité, de patience et d'amour. (prosternation)

Oui, Seigneur Roi, donne-moi de voir mes péchés et de ne pas juger mon frère, car Tu es béni dans les siècles des siècles. Amen. (prosternation)


Après chaque verset, accomplissez une prosternation complète, ou courbez-vous devant l'Icône du Christ. C'est la même prosternation que le prêtre accomplit au début des Offices. Rien ne change autant un temps de prière familiale que d'accomplir les prosternations ensemble. Le Christ est présent quand nous nous rassemblons, et à travers les Icônes. Nous prosterner devant Lui rend cela réel, et requiert d'avancer dans la Foi. Paradoxalement, cela renforce notre Foi, ce qui est nécessaire alors que nous tentons d'orienter nos vies vers Lui.

Ainsi donc, le banquet du Grand Carême est dressé devant nous, afin de nourrir nos âmes et de nous préparer à recevoir le Christ à Pâques. Nous pouvons participer au jeûne, aux Offices à l'église, et à la prière à la maison. Je n'ai pas mentionné les nombreux autres "plats" qui sont disponibles, tels que la confession, le pardon, l'aumône, la lecture des Écritures et des vies des saints, les pèlerinages, ou mémoriser des prières ou des passages des Écritures. Le banquet est servi, à nous d'y prendre part autant que nous le désirons.

Le but ou la raison d'être du Grand Carême n'est pas de jeûner ou de prier. Le but du Grand Carême, c'est de parvenir à une connaissance directe de Dieu. Aider nos enfants à tirer meilleur parti de leur vie en Église signifie les aider à parvenir à cette connaissance directe de Dieu. Le Grand Carême est un temps pour les familles afin de se réorienter vers Dieu, mais cela demande un engagement afin d'ouvrir nos familles à la vie en Christ, et d'ouvrir nos maisons à la Grâce salvifique de Dieu. La fête est là, pour que nous y participions, mais nous pouvons aussi y passer et nous contenter d'un bol de céréales. Souvenez-vous cependant qu'après un bol de céréales, d'ici une heure, vous aurez à nouveau faim. Mais Dieu a promis à ceux qui prennent part que "Bienheureux les affamés et les assoiffés de justice, car ils seront rassasiés."



P. Schmemann: Carême & prière de saint Ephrem le Syrien, explications liturgico-théologiques & méditation

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